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La solitude dans le couple : bienfait ou danger ?

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By Voyagerix | Shutterstock

Isabelle du Ché - publié le 29/06/18

Être à deux, tout partager, vivre toujours ensemble des moments de qualité, se comprendre à demi-mots... Halte au rêve, la vie en couple n’est pas la fusion ! Elle nécessite de savoir être seul parfois. Comment trouver le juste équilibre entre une nécessaire solitude et celle qui tue la relation conjugale ? Aleteia a interrogé Marie-Aude Binet, conseillère conjugale et sexologue.

Aleteia : Quels sont les bienfaits de la solitude dans la vie conjugale ?
Marie-Aude Binet : Les bienfaits sont multiples : se sentir bien avec soi-même, faire ce qu’on aime, se retrouver soi-même pour mieux revenir vers et/ou comprendre l’autre, prendre du recul dans les conflits, mieux supporter les périodes d’absence du conjoint…

Suite à une mutation professionnelle, Patrick a été séparé géographiquement de sa femme pendant la semaine. Ressentant de la solitude, il a cherché à la combler avec une autre femme. Prenant conscience de l’impasse d’une telle situation et de la souffrance ainsi engendrée, cet époux a essayé de comprendre ce qui l’avait poussé à l’infidélité. Il a réalisé qu’il ne savait pas être seul. Dans son enfance — heureuse au demeurant — il n’avait aucun espace pour lui. Sa mère était très présente affectivement. Il a alors décidé de s’octroyer régulièrement un temps seul, en pratiquant un sport jusque-là délaissé. Son équilibre s’est ainsi rétabli. C’est aussi Julie, femme très active dans sa famille et au travail. Elle ressentait des angoisses affectives importantes, liées notamment à un événement douloureux dans son enfance. Le simple fait de s’autoriser une pause, seule, pour prendre un thé à la terrasse d’un café, l’a reconnectée avec elle-même. Elle s’était autorisée à prendre soin d’elle, en choisissant ce qui lui faisait du bien.


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Être seul, se sentir seul, quelle différence ?
Nous venons de le voir, être seul procure de nombreux bienfaits et peut éviter un épuisement physique et psychologique. Mais il est fréquent qu’on se sente seul dans un couple. C’est tout à fait normal, parce que l’autre ne peut pas tout combler. La relation conjugale ne peut pas être le seul lieu de ressourcement et d’épanouissement. Ayant compris cela, Caroline a appris, avec le temps, à trouver dans sa vie amicale et professionnelle, les ressources de reconnaissance nécessaires à son équilibre. Elle a pu ainsi ajuster sa relation conjugale à sa vie personnelle et ne pas être esclave d’un sentiment de solitude.

Il existe plusieurs formes de solitude. Expliquez-nous.
La première forme de solitude non choisie est la solitude affective. C’est par exemple quand l’un se plaint d’être toujours moteur pour initier ou entretenir un dialogue. C’était aussi le cas de Chantal, 58 ans, qui souffrait de prendre systématiquement l’initiative d’une relation sexuelle. Dans ces différentes situations, le conjoint meurtri peut ainsi être tenté de trouver ailleurs l’écoute, la tendresse, la conversation qui lui font défaut. Il peut aussi s’installer dans le couple une forme de cohabitation où chacun garde ses distances vis à vis de l’autre et plus rien n’est partagé.


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On remarque aussi chez les couples une solitude psychologique ou relationnelle. En voici deux exemples. Bruno, à l’âge de 35 ans, a perdu son père puis son frère à peu de temps d’intervalle. Il s’est senti très seul pour traverser ce deuil. Sa femme était jalouse du temps qu’il passait avec sa famille et n’a pas su être à l’écoute de la souffrance de son époux. Adèle, arrivée à 25 ans de mariage, et ayant mis entre parenthèses sa vie professionnelle pour se consacrer à l’éducation des enfants, s’est sentie épuisée d’avoir tout porté. Elle avait le sentiment de ne pas avoir été écoutée par son conjoint. La reconnaissance pour son investissement lui faisait cruellement défaut. Elle avait envie d’autre chose mais ne savait pas comment faire. Il lui a fallu apprivoiser cette solitude, aller vers l’extérieur pour se renforcer.

La troisième forme de solitude est la solitude géographique. Difficile de ne pas l’éprouver quand les époux sont séparés à cause d’un travail, de la maladie de l’un ou l’autre, de la santé des parents ou d’un enfant, de difficultés financières… Chacun souffre d’être seul et ce n’est pas seulement celui qui reste à la maison. Le rythme de vie ne permet pas toujours de prendre du recul ou de s’arrêter à deux. Le défi sera donc de confronter les deux solitudes et de trouver, chacun selon ses désirs et possibilités le temps nécessaire au renforcement du lien conjugal.

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