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Battue par le diable, giflée par son ange : la vie agitée de sainte Françoise romaine

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Antoniazzo Romano, Public domain, via Wikimedia Commons

Françoise Romaine guérissant un mourant, Antoniazzo Romano.

Anne Bernet - publié le 08/03/22

La vie de sainte Françoise romaine ne fut pas ordinaire. Tourmentée par le diable, elle fut toujours protégée par les anges, qui ne se gênaient pas pour intervenir dans sa vie… L’Église fête sa mémoire le 9 mars.

Comme chacun sait, les démons sont violents et méchants : c’est dans leur nature. Ce que l’on sait moins, c’est que nos anges gardiens n’ont pas non plus des caractères faciles : leurs exigences grandissant avec nos progrès spirituels, ils peuvent corriger avec brutalité leur protégé s’il s’avise de les décevoir. Sainte Françoise Romaine, au XVe siècle, en a fait l’expérience. 

La visite de saint Alexis

Née en 1384 dans la haute noblesse romaine, Francesca Bussa, fille unique richissime, est mariée à onze ans, contre son gré, à Lorenzo Ponziani. Ce n’est pas que Lorenzo, jeune, beau, fortuné, courageux, délicat, amoureux, ne soit pas un bon parti, c’est que Francesca rêve de vie religieuse et que ce mariage imposé est pour elle un cauchemar. Elle en tombe si gravement malade qu’on la croit mourante. Une nuit, nimbé de gloire, un jeune homme lui apparaît : c’est saint Alexis, ce patricien qui, un millénaire plus tôt, afin d’échapper au mariage et à la vie mondaine, a fui pour mener une existence errante et finalement revenir, tel un clochard, mourir sous l’escalier de la maison paternelle. Nul ne comprend mieux que lui les tourments de Francesca, ce qui explique que Dieu l’ait envoyé lui faire une offre : si la vie dans le monde lui est vraiment intolérable, elle peut mourir, maintenant, mais elle renoncera à tout le bien qu’elle pourrait faire, même hors du cloître, pour la gloire divine. Au contraire, si elle accepte de demeurer ici-bas, elle souffrira beaucoup et longtemps, mais, par ses œuvres et ses sacrifices, elle obtiendra les récompenses célestes. Francesca choisit de vivre et de souffrir pour l’amour de Dieu et le salut des âmes. Elle sera comblée…

Immédiatement guérie, elle est dès lors persécutée par les démons, furieux de son choix. Les tentations communes n’agissant pas sur elle, ils doivent recourir aux grands moyens. Cela commence par la visite d’un religieux mendiant qui a l’air d’un saint homme et que l’on accueille comme tel au palais Ponziani. Seulement, dans les entretiens spirituels qu’il a avec Francesca et ses proches, le bon père brosse de la vie dévote un tableau épouvantable, la décrit vaine, ridicule, inutile, à l’instar des mortifications et pénitences que la jeune maîtresse de maison ne cesse de s’infliger. La prière, le jeûne, tout cela ne sert à rien ! Mieux vaut profiter d’une vie si courte ! À ces propos, Francesca reconnaît le Malin et, d’un signe de croix, fait fuir le faux religieux.

Alors, le monde infernal en vient aux vexations physiques, procédé réservé aux âmes d’élite difficiles à impressionner par les moyens ordinaires. Jour et nuit, Francesca est battue, frappée, précipitée hors de son lit, bousculée afin de la faire tomber ; elle est couverte de contusions et d’hématomes, et endure ses attaques sans broncher. Qu’en sera-t-il si l’on s’en prend à ceux qu’elle aime ? La jeune femme n’a qu’une amie, sa belle-sœur Vanozza, qu’elle entraîne dans ses voies de sainteté, son unique confidente, la seule qui ne moque pas ses tenues de pauvresse, ni ses charités dispendieuses. Si Vanozza disparaissait, Francesca serait seule. « Je vais tuer ta chère Vanozza afin de te pousser au désespoir ! » lui siffle le démon à l’oreille. Il parle sérieusement. Peu après, alors que les deux belles-sœurs se promènent au bord du Tibre, un agresseur invisible se précipite sur elles et les pousse dans le fleuve ; elles ne savent pas nager, et se noieraient si leurs anges gardiens ne les tiraient de l’eau et ne les ramenaient sur la berge. « Homicide dès le commencement », le Malin récidive. À quelques jours de là, Francesca et Vanozza descendent l’escalier très raide d’une ruelle pentue. Soudain, Vanozza est violemment précipitée en bas des degrés et se tuerait dans cette chute si elle ne sentait, une fois encore, une main puissante la saisir et la déposer en douceur en bas de la pente.

Son ange gardien ne la quitte pas

Le diable cherche un autre tour et, changeant de registre, donne dans le macabre : une nuit, Francesca se réveille avec la sensation d’une présence dans son lit ; or, Lorenzo est à la guerre. Affolée, elle constate qu’il y a bien un homme couché contre elle, mais réduit à l’état de cadavre en putréfaction. L’odeur atroce la poursuivra longtemps. Heureusement, dans ce combat, Francesca n’est pas seule. Son ange gardien ne la quitte pas, remplacé, après le décès crucifiant de ses cadets, Giovanni Evangelista et Agnese, par un archange issu du huitième chœur angélique, dont la vue suffit à faire reculer les démons. Cependant, en général, Francesca se tire d’affaire toute seule et, si l’esprit bienheureux intervient sans qu’elle l’ait appelé et fait fuir l’assaillant, elle soupire : « Merci, mais j’aurais bien aimé voir la fin de la bagarre… »

L’archange n’est pourtant pas d’un naturel commode, elle en sait quelque chose. Un soir de réception au palais Ponziani, Francesca, distraite, a laissé la conversation tourner à la médisance. D’habitude, en pareil cas, elle change de sujet ou prend la défense de la personne calomniée. Exceptionnellement, elle ne le fait pas ; peut-être, au fond, est-elle d’accord… et cela ne plaît pas à l’ange. Le bruit caractéristique d’une gifle fait taire les causeurs qui se tournent vers la maîtresse de maison : sur la joue livide de Francesca, en larmes, est marquée la trace rouge des cinq doigts qui viennent de lui administrer un superbe soufflet. Dans le monde angélique, on ne plaisante pas avec la charité, ni avec la réputation du prochain.

La correction qu’elle mérite

Francesca ne sera pas seule à l’apprendre à ses dépens. Le seul survivant de ses enfants, Gian Battista, épouse une jeune fille de haute noblesse, à onze ans déjà pénétrée de l’orgueil de sa naissance. Mobilia écrase de son mépris cette belle-mère vêtue en femme du peuple qui passe ses journées à soigner des malades puants dans les hôpitaux ou soulager des miséreux dans leurs galetas. Elle ne perd aucune occasion de l’insulter et la rabaisser en public, sans que ni son mari ni son beau-père, sous le charme de la péronnelle, la remettent à sa place. Ce soir-là, elle a été si odieuse que Francesca, qui ne réplique jamais, fond en larmes. Et voilà que Mobilia se lève comme si on l’arrachait de sa chaise, pousse des cris de douleur, tombe au sol et se recroqueville comme si elle tentait d’échapper à une volée de bois vert. Et c’est bien le cas. Exaspéré, l’ange est en train de lui administrer la correction qu’elle mérite. Jamais plus, après cela, elle ne manquera de respect à sa belle-mère.

Il sait pourtant se montrer doux et attentionné, il en donnera la preuve. Histoire de plaisanter, Francesca aime à dire à son confesseur, seul au courant, officiellement, de la présence de l’esprit bienheureux à ses côtés, que c’est très pratique car il émane de lui tant de lumière qu’elle peut lire le soir le bréviaire sans allumer de lampe mais l’archange a d’autres avantages.

« Viens le chercher ! »

Mobilia a deux enfants. L’aîné, Girolamo, trois ans, joue dans le salon près de sa grand-mère et ses parents. Et voilà qu’un intrus entre dans la pièce. Francesca est si habituée aux visites démoniaques qu’elle n’y fait plus attention. Son époux, son fils, sa bru ne voient pas le déplaisant visiteur mais, encore assez innocent pour distinguer le monde invisible, Girolamo, terrifié à la vue du démon, se met à hurler. Seule à comprendre la raison de ses pleurs, Francesca le prend dans ses bras, ce qui donne au Malin l’idée de s’en prendre au bébé. Francesca multiplie signes de croix et invocations, sans parvenir à l’éloigner du petit. Et le diable rit, de son rire horrible qui redouble la panique de Girolamo. Témoin silencieux de la scène, l’Archange s’avance, repousse dédaigneusement le démon, prend Girolamo des bras de sa grand-mère, toise l’adversaire, l’air de dire : « Viens le chercher, maintenant ! » et, sous les regards stupéfaits des autres assistants, qui voient l’enfant flotter en l’air, à la hauteur où il se trouverait si quelqu’un le tenait dans ses bras, le porte jusqu’à son berceau, le recouche, arrange couvertures et oreillers, puis le borde. 

Peu après, un ange du sixième chœur, celui des Puissances, exorcistes chargés d’éloigner de ce monde les légions infernales, viendra remplacer l’archange auprès de Francesca et ne la quittera plus jusqu’à sa mort, le 9 mars 1440. Sa seule présence auprès d’elle et des siens suffira à écarter toute emprise démoniaque autour de celle que les Romains surnomment tendrement « la petite pauvresse du Trastevere ».

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