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Des États-Unis à la Chine communiste, les incroyables tribulations du père Lawrence

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Collection privée I AsiaNews

Père Lawrence W. Flynn.

Sylvain Dorient - publié le 23/07/22

Le père Lawrence W. Flynn est mort le 9 juillet dernier à New York, à l’âge de 93 ans. Prêtre et globe-trotter, il s’était passionné pour l’Empire du Milieu, où il avait enseigné et exercé discrètement un fécond apostolat.

En 1987, la Chine avait certes rompu avec la période maoïste dure, mais elle était loin d’être très accueillante à l’égard des prêtres, en particulier des prêtres étrangers, soupçonnés d’être des agents de l’Occident. En débarquant à Shanghai, afin de donner des cours d’anglais, le père Lawrence W. Flynn savait qu’il arrivait dans un contexte compliqué. D’autant plus qu’il était d’origine américaine et que la guerre froide n’était pas finie. Il était l’un de ses prêtres clandestins, « sous couverture » dans la Chine communiste. Très vite, il découvrit que sa fonction était éventée : « Tout le monde savait que j’étais un prêtre. »

Un cours de Bible dans une école chinoise

Pourtant, ses correspondances ne laissent pas filtrer de difficultés particulières avec les autorités. Le principal problème qu’il avait rencontré était la pénurie de prêtres. Les écoles manquaient aussi d’enseignants, et c’est probablement pourquoi il fut toléré. Estimé de la direction de son école, il fut même invité à donner un cours consacré aux aspects historiques et culturels de la Bible. L’occasion de très riches échanges avec les étudiants, dont beaucoup restaient à la fin du cours pour l’assaillir de questions. 

Outre la jeune génération, assidue en cours d’anglais et avide de savoirs, il découvrit avec émotion de vieux catholiques chinois qui avaient maintenu leur foi dans les pires heures de la Révolution culturelle. Le pays avait été placé sous cloche pendant plus de trente ans. Lorsque l’attitude des autorités devint moins rigide à l’égard des religions, les catholiques découvrirent les évolutions de l’Église, et tout particulièrement les réformes du concile Vatican II. Pour beaucoup de vieux catholiques chinois, qui avaient conservé leur foi intacte envers et contre tout, l’abandon de la messe en latin et les évolutions de la liturgie paraissaient incompréhensibles. 

Un Américain à Shanghai

Autre effet de cette fermeture totale du régime, l’Église chinoise n’avait pas formé de séminariste pendant des décennies, et elle avait tout à reconstruire. Peu de temps après l’arrivée du père Flynn, le nouvel évêque de Shanghai, le jésuite Aloysius Jin Luxian, lui demanda de rejoindre l’équipe enseignante du séminaire local qui avait réouvert après 45 ans. Il accepta, et selon l’un des prêtres qu’il avait contribué à former, « il n’est pas exagéré de dire qu’il est tombé amoureux de la Chine ». 

Afin de soutenir le travail de reconstruction, le père Flynn se mit en quête de bourses pour les églises en Chine et s’efforça d’établir un pont d’amitié entre son pays natal et son pays d’adoption. En l’absence de clercs locaux pour former les nouveaux séminaristes, il parvint à les faire étudier à l’étranger. Ainsi, en 1993, un premier groupe de 18 étudiants issus de tout le pays a pu se rendre aux États-Unis.

Ses réussites couronnent la riche existence d’un homme qui répondit pleinement à sa vocation au terme d’un long détour.

Autant de réussites qui n’avaient rien d’évident au regard du contexte de l’époque.  Elles couronnent la riche existence d’un homme qui répondit pleinement à sa vocation au terme d’un long détour. En effet, Lawrence W. Flynnentra dans la Maryknoll Society à l’âge de 20 ans, mais il la quitta cinq ans plus tard pour le Boston College, où il obtint un doctorat. Il servit dans les American Catholic Relief Services (Services de secours catholique) et fut également employé dans le département des affaires étrangères des Etats-Unis. Son métier l’amenait à voyager en Europe, en Afrique et en Asie. Ce n’est qu’en 1981, à l’âge de 53 ans, qu’il rejoignit définitivement l’Église de Maryknoll, une organisation missionnaire de l’Église des États-Unis. 

Lors de ses funérailles, le 15 juillet au soir, ses nombreux amis se sont unis dans la prière, tout particulièrement en Chine, où les étudiants qu’il avait formés lui avait affectueusement donné un nom chinois, « Lin Cie-hua ».

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