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PMA, don de sperme : les dérives du droit à l’enfant

femme enceinte avec échographie

© Natalia Deriabina- Shutterstock

Blanche Streb - publié le 05/09/22

Conçue comme un secours, l’assistance médicale à la procréation (AMP) est devenue l’expression d’un droit absolu. Docteur en pharmacie, Blanche Streb note que le tri des enfants commence et que le don de sperme s’ouvre à toutes des dérives.

J’ignore si ce phénomène était attendu, mais les premiers chiffres concernant les demandes de recours au don de sperme attirent plus les femmes célibataires que celles en couple avec une autre femme. Un an après la révision de la loi bioéthique, les premiers chiffres le montrent : 53% contre 47% dans les trois premiers mois de l’année 2022. Sur cette période, 53 tentatives d’AMP avec don de spermatozoïdes ont été réalisées au bénéfice de ces deux « nouveaux publics » comme les nomme l’Agence de la biomédecine. Ce phénomène est un révélateur du contexte culturel actuel : avoir un enfant est un droit et nos désirs deviennent des droits. Mais il révèle aussi l’évolution de notre rapport à l’assistance médicale à la procréation.

Si ces méthodes sont nées de la rencontre entre la science et la souffrance vécue au cœur du couple, quand l’enfant se fait attendre, elles n’en sont plus là depuis longtemps. Au départ, elles étaient un recours, un secours, pour les couples infertiles qui s’y soumettaient par dépit, non par choix, avant de vivre ce que nombre d’entre eux appellent toujours « un parcours du combattant ». Et puis, le basculement a commencé à s’opérer. L’infertilité médicale n’est plus la seule raison pour accéder à la procréation assistée. D’abord subie, car ressentie comme unique alternative, la procréation assistée est aujourd’hui choisie, pour ne pas dire exigée. Le désir d’enfant s’est absolutisé et la science a commencé à trier ses enfants. Du sexe sans bébé au bébé sans sexe : la technique (et le marché) ont pris les rênes. 

Faire un enfant toute seule

Si dans ces 53%, certaines femmes n’ont tout simplement pas eu la chance de rencontrer l’homme avec qui fonder un couple puis une famille, d’autres assument tout simplement vouloir avoir leur bébé toute seule, même si elles auraient encore le temps avant ce recours au don anonyme. La PMA par choix, non par dépit, pour ne pas avoir de père dans les pattes. Normal : la procréation se voit désormais comme un attribut personnel — le summum de la sacro-sainte autonomie ? — et plus comme la seule fonction humaine qui se vit à deux, dans l‘altérité sexuelle. Il y avait déjà une décorrélation entre sexualité et procréation, elle s’accompagne naturellement d’une forme de rupture entre conjugalité et parentalité.

Il est possible que la crise de confiance dans le couple et de la place du père, si souvent décriée, niée, mal ou pas occupée, comptent autant dans ce phénomène, sûrement temporaire, que le désir d’enfant.

Si ce phénomène n’est pas totalement nouveau, le sociologue Gérard Neyrand relève que ce désir de faire un enfant sans père « s’est élargi à d’autres milieux, plus modestes et plus jeunes, en lien avec la notion de liberté et d’autonomie » (La Croix, 17/08/1922). Et cela, malgré la réalité criante, sous nos yeux dans notre société, des difficultés que traversent nombre de familles monoparentales (un tiers des foyers monoparentaux vivent sous le seuil de pauvreté) et que traversent les enfants en quête de leurs origines ou traversant l’épreuve de l’absence de l’un de ses parents ou de leur séparation. Pour la porte-parole de l’association Mam’en solo : « Élever un enfant seule — avec toutes les difficultés que cela comporte et dont ces femmes ont conscience — c’est aussi s’émanciper, avoir le contrôle sur son corps, sa fertilité, son projet de vie… » En réalité, il est possible que la crise de confiance dans le couple et de la place du père, si souvent décriée, niée, mal ou pas occupée, comptent autant dans ce phénomène, sûrement temporaire, que le désir d’enfant. 

Le marché du sperme clandestin

Par ailleurs, l’ouverture de l’AMP à toutes les femmes n’a pas fait disparaître le marché du sperme clandestin, qui requiert une « méthode artisanale » interdite par le code de la santé publique, notamment au vu des risques sanitaires. Comme le révèle une enquête menée par Le Figaro(31/08/2022), les sites et les groupes Facebook multiplient toujours l’offre et la demande. Certaines femmes veulent savoir de qui elles reçoivent le sperme. Certains hommes y cherchent une rémunération ou la possibilité d’une rencontre et d’un vrai acte sexuel. Le circuit légal implique un délai d’attente que certaines ne souhaitent pas prendre. Le nombre de donneur reste faible, ce qui montre bien que ce n’est pas rien, de donner ses gamètes. C’est la possibilité d’être père biologique d’un ou plusieurs enfants. 

En outre, depuis ce 1er septembre 2022, un donneur devra obligatoirement accepter que son identité puisse être révélée aux enfants nés de leur don, si cet enfant en fait la demande, à sa majorité. La loi a changé pour répondre à l’impérieuse quête des origines révélées par des enfants nés de dons, devenus adultes. C’est la réalité de ce besoin qui a abouti à ce que la loi change. Pourtant, la loi n’a pas remis en question le fondement du problème, mais juste ses conséquences.

Tags:
BioéthiqueEnfantsnaissancePMA
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