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J’étais un ange…

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© lu-photo - Shutterstock

Michel Cool - publié le 09/10/21

Avant d’être journaliste, éditeur, écrivain, notre chroniqueur Michel Cool fut un enfant, élève dans un petit séminaire. Il raconte ses souvenirs, et les pratiques ambiguës qu’il dut subir, avant que sa conscience ne s’éveillât. Pour ne plus être un ange, et entendre le cri des opprimés qui nous appellent à la conversion.

La première personne, après mes parents, à m’avoir vu nu, fut un prêtre. J’avais 9 ans. J’étais élève dans un collège religieux en province dans les années soixante. Mon père et ma mère avaient fait le sacrifice de m’envoyer en pension à une cinquantaine de kilomètres de chez nous. La séparation avait été pénible pour eux et pour moi. Mais depuis tout petit, j’étais attiré par les églises. Malgré une timidité pathologique, j’étais devenu enfant de chœur dans notre paroisse. Et à la maison, je jouais volontiers à dire la messe. Je me souviens : ma grand-mère, qui ne pratiquait pas, avait des talents de couturière ; elle m’avait taillé une belle aube frangée de dentelle… Ma vive sensibilité religieuse exprimait peut-être une vocation en germe ? Cette pensée encouragea mes parents à m’inscrire dans un petit séminaire de la région. J’y entrais en classe de septième : rude année d’apprentissage au pensionnat et à la fréquentation de camarades venant d’horizons différents. 

La voix du préfet

En sixième, j’arrivai chez les « grands ». Je fus vite impressionné par la figure du préfet de discipline. Ce prêtre savait faire régner l’ordre dans les rangs. Selon les plus dissipés d’entre nous, il avait facilement la main leste. Son autorité naturelle s’exprimait aussi dans sa façon concentrée de se signer au début des repas et de célébrer la messe.  Quand il fallut se choisir un confesseur, c’est vers lui que j’allai. Peut-être par docilité ou pour m’attirer sa bienveillance, je ne saurais dire.  

Chaque jeudi, en fin d’après-midi, avait lieu le rituel des douches en présence du préfet. En petite tenue, avec notre serviette sur l’épaule et notre trousse à toilettes à la main, nous attendions chacun notre tour. Quand une cabine se libérait, l’abbé nous appelait. Alors, en veillant à ne pas glisser sur le carrelage mouillé, nous filions après avoir refermé soigneusement le rideau derrière nous. Quelque temps après, le rideau s’ouvrait. J’entends encore la voix me dire : « Tourne-toi mon petit ! » C’était celle du préfet. Je revois aussi ses joues rougies, que je mettais sur le compte de la chaleur moite, quand joignant le geste à la parole, il se souciait de mon hygiène intime… Puis, il passait à la cabine suivante. 

L’éveil de ma conscience

Ni moi ni mes camarades, à ce que je m’en souvienne, ne voyions de travers cette incursion du préfet pendant notre toilette. Ni eux ni moi ne faisions la comparaison avec la surveillante générale qui, en septième, ne venait jamais nous examiner dans nos cabines… Je me rappelle seulement qu’on se moquait de la nuque et du visage empourprés de notre impénitent visiteur… Il est décédé en 2006 d’après mes informations. 

« J’étais un ange », comme chantait Michel Delpech. Dans mon innocence, je me disais que tout ce que cet « homme de Dieu » faisait, c’était pour mon bien.

« J’étais un ange », comme chantait Michel Delpech. Dans mon innocence, je me disais que tout ce que cet « homme de Dieu » faisait, c’était pour mon bien. Et si j’avais eu l’idée saugrenue d’évoquer la scène à mes parents, ils n’auraient pas réagi autrement. Ma pudeur souffrait donc son regard et ses gestes parce qu’ils étaient ceux d’un prêtre. Ma conscience s’est éveillée bien plus tard. D’abord grâce aux médias et aux laïcs et clercs catholiques qui ont alerté leurs hiérarchies sur les agressions sexuelles commises dans l’Église. Ensuite, j’ai été saisi par le témoignage bouleversant d’un de mes anciens camarades du petit séminaire : il avait subi un acte ambigu de la part du préfet, suffisamment violent pour qu’il tombât en dépression et doive se faire accompagner longuement après les faits. Aujourd’hui, il peine encore à se libérer de l’anticléricalisme qui entrave sa recherche spirituelle.  

Par la bouche des victimes

Je ne suis pas descendu aux enfers comme cet ami ! Je n’ai pas connu les affres dont parlent les centaines de milliers de victimes dans le volumineux rapport de la commission Sauvé. Je n’ai pas quitté l’Église catholique, je n’ai pas perdu la foi et des prêtres figurent parmi mes meilleurs amis. Alors ? Pourquoi je témoigne dans cette tribune ? Pour dire simplement qu’à cause de ce désastre humain et spirituel, ma vie chrétienne va prendre un nouveau départ. Elle sera désormais dirigée par l’option préférentielle pour les victimes : les victimes des abus sexuels et spirituels et les victimes de tous les abus d’autorité, d’intrusion, d’intimidation, de culpabilisation, de domination, de déshumanisation.. Je ne serai plus jamais un ange…

Les victimes des crimes abominables perpétrés dans l’Église catholique m’exhortent, nous exhortent, amis chrétiens, à être des géants d’écoute aux épaules larges et courageuses ; à être des réformateurs évangéliques, assidus et résolus, de nos communautés ; à être des hommes et des femmes à la foi vigilante ; des veilleurs au milieu, et non à côté du monde ; avec des cœurs de pauvres ! N’oublions jamais que le Christ nous appelle à la conversion par la bouche des victimes et des opprimés : ils sont le visage du Christ.

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