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“Seigneur, cette année, fais que mon conjoint se convertisse”

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Fe Barboza/Unsplash | CC0

Michel Martin-Prével, cb - publié le 06/01/22

A l’aube de cette nouvelle année, le vœu le plus cher de certains baptisés réside peut-être dans la conversion de leur mari ou de leur femme. Cependant, la conversion de l’autre ne commence-t-elle pas par sa propre conversion ? Tout l’enjeu n’est-il pas de devenir plus saint pour que l’autre s’en aperçoive ?

“Seigneur, convertis mon conjoint!” C’est le cri du cœur de beaucoup d’hommes et de femmes qui attendent la solution de leurs différends dans la conversion de l’autre. “S’il se convertissait, sa vie de bon chrétien solutionnerait tous nos problèmes !” Mais ce n’est pas si simple. Tout d’abord parce que celui qui croit pèche malgré tout sept fois par jour, et demeure aussi responsable des disputes et des divergences au sein du couple. De même que l’homme et la femme cumulent de nombreuses différences, traits de caractère et histoires personnelles variées, de même la foi a pris racine très différemment dans le cœur de chaque époux. Alors comment justifier ce désir de “convertir” l’autre? Il paraît légitime de vouloir partager sa foi et de la transmettre à l’aimé(e).

Convertir l’autre ?

Transmet-on la foi ? La foi est un don de Dieu, mais suppose aussi une réponse pour devenir une vertu théologale. Vouloir convertir son conjoint, est-ce vraiment pour lui ou pour soi ? Est-ce pour qu’il découvre d’autres valeurs et change ainsi ses comportements ?

Nous sommes le premier prochain du Christ pour notre conjoint. Ainsi tout doit parler du Christ en nous. Ce qui implique une grande conversion d’abord chez soi. Evangéliser comme le fait Jésus sur le chemin d’Emmaüs, c’est être “avec”, dire la Parole de Dieu, relire sa vie à la lumière de cette Parole.

Tout l’équilibre se situe entre d’un côté vivre sa foi dans le cœur et les actes qui en découlent, sans rien imposer à l’autre, et de l’autre, vivre d’un grand désir de le voir se laisser rejoindre par la grâce, ce qui peut pousser parfois à de l’audace.  Chemin subtil entre annonce et respect, cohérence et patience, comme dans le dialogue interreligieux.

Respecter sa liberté

C’est l’Esprit Saint qui convertit, jamais nous, sinon indirectement. Pourtant Dieu se sert de nous pour toucher ceux que nous aimons. Nous sommes même les plus proches et les plus concernés par la visite de la grâce dans le cœur de notre prochain. Paradoxalement, il faut se situer sur une double attitude : laisser l’autre à sa liberté, nécessaire à sa découverte de Dieu et de son mystère, et désirer cette découverte en y participant à notre mesure.

Chacun est unique aux yeux de Dieu et unique est son salut. Nous ne sommes pas le sauveur de l’autre, c’est le Christ. Au mieux peut-on participer à son salut et le mariage peut servir éventuellement à cela. La liberté de l’autre est du même ordre que la nôtre que Dieu a respectée en nous appelant à le suivre.

Souvent, on se marie malgré cette différence de foi et l’on croit que l’amour peut opérer des miracles et convertir le conjoint. C’est oublier que l’amour doit toujours respecter et se plier à la liberté de l’autre. Cette liberté n’est pas de faire le choix que l’on veut, ce qui relève du libre-arbitre, mais de choisir le vrai bien de chacun.

Le conjoint croyant agit mystérieusement sur l’autre

Oui, sainte Monique a obtenu la conversion de son mari, devenu saint Patrice, en plus de celle de son fils devenu saint Augustin. Courage ! On connaît aussi sainte Rita qui avait un mari jouisseur et violent, sainte Clotilde et son mari, roi et barbare, Conchita ou Elisabeth Lesueur et leurs maris intelligents et trop mondains, et tant d’autres.

Il s’agit d’attirer l’autre dans l’attirance de Jésus.

Qui connaît les chemins mystérieux de la grâce, dont seul le Seigneur est l’auteur et l’ordonnateur ? De fait, tout missionnaire se sait inutile et pourtant nécessaire, car Dieu a besoin des hommes pour se faire connaître. Mais les comportements sont plus efficaces que les paroles, les attitudes plus fécondes qu’un catéchisme récité. Il s’agit d’attirer l’autre dans l’attirance de Jésus.

Dans les lettres de Pierre, nous trouvons ses conseils pour se comporter en milieu païen : “Ayez une belle conduite parmi les gens des nations ; ainsi, sur le point même où ils disent du mal de vous en vous traitant de malfaiteurs, ils ouvriront les yeux devant vos belles actions et rendront gloire à Dieu, le jour de sa visite” (1 P 2, 12). Et plus loin en s’adressant aux femmes : “Vous les femmes, soyez soumises à votre mari, pour que, même si certains refusent d’obéir à la parole de Dieu, ils soient gagnés par la conduite de leur femme et non par des paroles” (1 P 3, 1). Et aux hommes : “De même, vous les maris, sachez comprendre, dans la vie commune, que la femme est un être plus délicat ; accordez-lui l’honneur qui lui revient, puisqu’elle hérite, au même titre que vous, de la grâce de la vie. Ainsi, rien ne fera obstacle à vos prières” (1 P 3, 7). Et pour tous : “Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous” (1 P 3, 7).

Le conjoint croyantest appelé à répondre de sa foi – surtout quand l’autre le demande -, à prier et vivre selon l’Evangile, à donner à manger et à visiter le pauvre qui est dans l’autre. En d’autres termes, à devenir plus saint pour que l’autre s’en aperçoive.

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Seigneur change mon conjoint, Petit guide pour la patience en couple, Michel Martin-Prével, EdB, mars 2021, 4 euros.

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