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« Ce qui se passe dans la paroisse de Trappes a une dimension prophétique »

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Pascal Deloche / Godong

Mathilde de Robien - publié le 13/01/22 - mis à jour le 17/02/22

À Trappes, ville "sensible" des Yvelines, une quarantaine d’adultes se prépare à un sacrement de l’initiation chrétienne. Un signe parmi tant d’autres du dynamisme des paroisses populaires, annonciatrices "d’une humanité réconciliée", estime son curé, le père Étienne Guillet.

Forte de 35.000 habitants et située à une douzaine de kilomètres de Versailles, Trappes souffre de sa réputation. À en croire les relais médiatiques, elle n’est que violence, trafic de drogue et délinquance. Un de ses quartiers, les Merisiers, n’a-t-il pas été désigné dès 2018 « quartier de reconquête républicaine » (QRR) parce que la délinquance y avait augmenté de manière significative ? Une délinquance qui ne faiblit pas pour autant. Elle a même bondi de 10% sur les six premiers mois de l’année 2021 par rapport à la même période en 2019. Sans compter que Trappes a vu grandir plusieurs jeunes partis mener le djihad avec le groupe Etat islamique en Syrie et en Irak entre 2014 et 2016.

Alors Trappes, une ville perdue ? Mais ce qui compte n’est-il pas ce qui se passe réellement au-dedans ? Et dont le père Étienne Guillet, curé depuis 2015, donne une image différente, lumineuse même, loin des informations anxiogènes. « Bien sûr, il y a des problèmes à Trappes, mais ce serait réducteur de ne retenir que cela ! Il y a un vrai dynamisme dans les paroisses des quartiers populaires. Il se passe quelque chose de prophétique, qui annonce une humanité réconciliée », confie le prêtre à Aleteia. « À l’image de la ville, la paroisse de Trappes est jeune, vivante, multiculturelle, et même si elle a ses faiblesses, elle est le signe que vivre ensemble est possible, que le multiculturalisme n’est pas un drame ».

La communauté catholique de Trappes compte une quarantaine de nationalités. Une paroisse dynamique, dont la messe de Noël a été retransmise sur CNews. On y a vu les paroissiens de l’église saint Georges manifester leur joie au soir de la naissance de Jésus, mêlant chants français et mélodies africaines. Un souffle qui ne retombe pas en dehors du champ des caméras. En effet, pas moins de 40 adultes se préparent actuellement à un sacrement de baptême, de l’Eucharistie ou de la confirmation. « Une très grosse année ! », se réjouit le père Étienne Guillet, due en partie au « rattrapage post Covid » pour ceux qui ont préféré différer une cérémonie mais pas seulement. Le prêtre constate un « effet d’entraînement », notamment dans deux communautés particulièrement présentes, la communauté malgache et la communauté capverdienne. « Deux communautés en pleine forme, qui s’appellent, s’interpellent entre eux : et toi ? où en es-tu ? Tu n’as pas fait ta première communion ?! » Certains font partie des équipes de préparation aux sacrements et deviennent ainsi des « apôtres » au sein de leur communauté. « En raison des migrations, certains n’avaient pas pu aller au bout de leur chemin de foi, et ne font que maintenant la démarche de demander les sacrements. D’autres étaient étrangers à la culture chrétienne, et se convertissent après des rencontres avec des amis, des collègues… »

Un dynamisme paroissial qui se traduit par des grâces très concrètes. Quelques jours après la messe de Noël retransmise à la télévision, une famille vietnamienne qui ignorait la présence d’une paroisse catholique à Trappes, s’est précipitée à la messe le dimanche suivant. Autre anecdote frappante. Le 24 décembre, les paroissiens de Trappes ont distribué 200 sachets de sablés de Noël à la sortie des deux mosquées de la ville. Dimanche dernier, la communauté musulmane a fait livrer 3.000 masques chirurgicaux à la paroisse, qui ont été distribués pendant la messe. « Un cadeau bienvenu car nos paroissiens ne sont pas riches, et qui démontre que les relations sont bonnes et que l’on prend soin des uns des autres, contrairement aux préjugés », confie le curé.

Une vitalité qui, selon le père Étienne Guillet, n’est pas propre à Trappes mais aussi à d’autres quartiers populaires du diocèse. Le diocèse de Versailles compte quatre autres quartiers sensibles à Sartrouville (Cité des Indes), aux Muraux, à Chanteloup-les-Vignes et à Mantes-la-Jolie. « Mes confrères constatent également un vrai dynamisme dans ces quartiers, qui offrent un visage de l’Église qui va bien, qui est vivant ». Des paroisses qui sont des acteurs de paix dans un environnement marqué par la présence de l’islam. « À Sartrouville, à Limay, le catéchisme est en pleine explosion, à Trappes, c’est l’éveil à la foi et le catéchuménat des adultes qui promettent de belles choses pour les années à venir », se réjouit le prêtre.

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