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Cinéma : le nouveau Woody Allen s’interroge sur l’amour… et la fidélité

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Gina Gershon et louis Garrel dans "Rifkin's festival" de Woody Allen.

Louise Alméras - publié le 12/07/22

Le plus européen des cinéastes américains, Woody Allen, revient dans les salles ce mercredi 13 juillet avec "Rifkin’s festival". Il y déclame à nouveau, et de manière originale, son amour pour le cinéma du continent européen.

N’ayant plus rien à perdre, et surtout plus rien à prouver, Woody Allen mène tambour battant une critique des festivals de cinéma — et d’un certain cinéma actuel. « Rifkin’s festival », son tout dernier film en salles ce mercredi 13 juillet, dure une heure et trente-deux minutes de film, le cinéaste restant fidèle à l’efficacité. Même s’il a un peu perdu en qualité d’humour… On rit moins que dans son film précédent (Un jour de pluie à New-York), et tant d’autres avant lui. Mais son regard décalé, romantique et osé fait toujours mouche. Il n’y avait que lui pour tirer net sur le cinéma bien-pensant des cinéastes qui veulent sauver le monde, qu’aime à célébrer le festival de Cannes, par exemple. Que lui pour oser clamer la beauté d’un certain cinéma européen, dont le premier souci est d’être artistique et non pas maladroitement politique. Que lui, enfin, pour remettre en question l’infidélité en amour, pour lui préférer son contraire. 

À 86 ans, nostalgique et rêveur, Woody Allen semble exhaler une dernière fois ses fantasmes de vie idéale. Il déambule, sous les traits de l’excellent comédien Wallace Shawn (Princess Bride), au festival de films de Saint-Sébastien. Mort Rifkin, professeur de cinéma et aspirant romancier aux folles exigences, accompagne sa femme Sue (Gina Gershon), venue s’occuper de Philippe (Louis Garrel), le réalisateur dont elle est l’attachée de presse et qu’elle admire.

Destination le festival de Saint-Sébastien, où le gratin du cinéma se réunit et où rien ne semble parler de cinéma, ni transpirer le cinéma et l’art. Le cinéaste caricature, à peine, l’outrance de certaines questions de journalistes aux comédiennes. Et Louis Garrel d’incarner à lui seul tout ce que le cinéma comporte de parasites. Mais sans une évocation à la psychanalyse, Woody Allen aurait trahi l’intégrité de son dernier film. Mort Rifkin sort donc d’un cabinet avant de prendre son vol pour l’Espagne. Tout le film sera parsemé de ses réflexions en voix-off. 

Amour, arnaque et analyse

Tout y passe, ou presque : questions sur le sens de la vie, sur la mort, réflexion sur les mauvais choix en amour et sur la fidélité, sur les illusions que l’on a pour avoir l’impression de réussir sa vie. Chaque thématique s’accompagne d’insert de scènes de films fétiches du cinéaste, revisitées avec les acteurs de son film. On y retrouve par exemple Jules & Jim de François Truffaut, Le Septième Sceau d’Ingmar Bergman ou encore Volver de Pedro Almodovar. Mais aussi des références à Bunuel et Fellini. Woody, à travers Mort Rifkin, voyage ainsi à travers les films qu’il honore. Et ressuscite le cinéma auquel il croit. 

Si l’idée est louable, cela amollit aussi le rythme du film, déjà redondant par les traits et idéaux familiers du cinéaste. Pendant ce temps, sa femme passe le plus clair de son temps avec Philippe, entre dîners et conférences de presse, cachant à peine leur complicité à son mari. Mort, lui, se contente de répliques piquantes, parfois très drôles, tandis que Louis Garrel joue l’homme parfait, le cinéaste de talent, n’hésitant pas à révéler que son prochain film pourrait, sérieusement, apporter une solution de paix au conflit israélo-palestinien. (Woody Allen peut s’en moquer, au long de sa carrière il n’a jamais daigné se pencher sur la guerre, et a pourtant reçu 70 récompenses.) Mort Rifkin cherche à échapper à ce cauchemar en fréquentant assidûment le cabinet d’une séduisante femme médecin, mariée à un peintre fou et volage, qu’il tente de séduire, mais toujours fidèle à sa femme. Et de réveiller ses questionnements sur les choix en amour. Son roman n’avance pas pour autant et sa vie lui paraît derrière lui. La seule question à laquelle il parvient à trouver des réponses est sans doute celle sur la manière de réussir sa vie. 

Ce film testament est-il le point final de sa carrière? Woody Allen regrette-t-il d’être mis à l’écart du milieu cinématographique? Ou bien d’avoir eu une vie sentimentale si chaotique, celle-là même qu’il semble fustiger ici? Quoi qu’il en soit, les réflexions de Mort Rifkin, thématiques universelles du grand cinéma, même si elles tâtonnent, permettent au spectateur de les faire siennes. En veillant à ne pas finir désabusé.

Rifkin’s festival, de Woody Allen, avec Wallace Shawn, Louis Garrel, Gina Gershon, Elena Anaya, 1h32, en salles le 13 juillet
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