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Dix conseils aux prêtres d’aujourd’hui

PRÊTRE SORTIE DE MESSE

© Philippe Lissac / Godong

Mathilde de Robien - publié le 21/07/22

Ne pas louper la "séance de parvis", savoir danser la valse, éduquer selon la théorie du poteau indicateur… Autant de conseils mûrement réfléchis et éprouvés par le père Potez, prêtre depuis 33 ans et curé de la paroisse Saint-Philippe-du-Roule à Paris.

Dans un ouvrage lumineux écrit sous forme de lettres à un jeune prêtre et intitulé La grave allégresse (Mame), le père François Potez, 67 ans, ancien officier de marine, curé de Saint Philippe-du-Roule après plusieurs années à Notre-Dame du Travail, livre une profonde réflexion sur le sens et les défis du sacerdoce aujourd’hui. Il y partage sa propre expérience, livre de magnifiques intuitions spirituelles tout en disséminant quelques conseils très concrets, ayant trait aussi bien aux relations avec les autres qu’aux vacances. Si ces lettres s’adressent d’abord aux prêtres, elles offrent aussi aux laïcs l’occasion de mieux comprendre la vie des prêtres et les défis auxquels ils sont confrontés.

1Devenir un apôtre de la joie

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« Un saint triste est un triste saint », disait saint François de Sales. Une expression qui pourrait tout aussi bien s’appliquer aux prêtres. « J’ai tellement la conviction que le prêtre doit être l’homme de la joie. Apôtre de la joie ! » s’exclame le père François Potez. Non pas une joie factice, ou éphémère, mais une joie profonde, radicale, surnaturelle dans la mesure où elle vient du Ciel, et que saint Paul érige en devoir pour les chrétiens : « Soyez toujours dans la joie » (1Th5, 16), exhorte l’Apôtre. Pour le père Potez, cette allégresse exige le sourire. « Il faudrait que nous devenions des professionnels, des spécialistes du sourire », propose-t-il aux prêtres, « pour devenir sans cesse davantage des spécialistes de la joie ».

Néanmoins, devenir un apôtre de la joie ne signifie pas pour autant nier ou enfouir la tristesse. La joie véritable l’englobe, et la dépasse. « Cette allégresse est grave parce qu’elle n’oublie jamais le poids du péché et de ses conséquences », souligne le prêtre. Cette « grave allégresse », expression chère au père Potez et qui a donné le titre à l’ouvrage, est en ce sens compatible avec la souffrance, la tristesse et les larmes. « Elle traverse les plus grandes épreuves » parce que celui qui l’éprouve sait qu’à la fin, c’est la Vie qui gagne. « L’allégresse chante la victoire de la résurrection, la victoire de l’amour sur la haine, de la vie sur la mort, de la vérité sur le mensonge. »

2Etre l’homme de la miséricorde

FRATERNITÉ

« Plus que quiconque, le prêtre doit être le reflet de l’amour de Dieu ». Pour le père Potez, cela passe par la douceur et la patience, par le fait d’aimer vraiment les gens, surtout « ceux qui sont difficiles à aimer ». Comment ? En posant sur eux le regard du Christ. C’est aussi s’exercer à une certaine disponibilité. Non pas à travers l’accumulation de rendez-vous dans son agenda, mais dans sa manière d’accueillir un coup de fil, de poser son regard sur l’autre, de montrer qu’il s’intéresse à lui.

Etre l’homme de la miséricorde, c’est bien, mais pouvoir l’exprimer, c’est encore mieux ! Les gestes, les paroles de tendresse manifestent concrètement la miséricorde du prêtre. « Si le prêtre est l’homme de la miséricorde, il faut que cela se voie. Que cela se voie sur son visage, dans son regard. Dans ses attitudes et tous ses gestes ». Le Pape évoquait cette tendresse incarnée dans son encyclique Fratelli Tutti : « C’est un mouvement qui part du cœur et arrive aux yeux, aux oreilles, aux mains ». Des gestes de tendresse – la tendresse n’est pas incompatible avec la chasteté -, mais aussi des paroles : « Il y a trop, beaucoup trop, de fils et de filles qui n’ont jamais entendu une parole de tendresse. Je t’en prie, ne sois pas avare de ces paroles qui donnent vie ! », engage le père Potez.

3Demeurer attentif à ses relations avec les autres

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Des gestes et des paroles de tendresse, oui, néanmoins, le père Potez souligne aussi la nécessité de demeurer prudent, en tant que prêtre, dans ses relations avec les autres. Avec les jeunes filles par exemple. Il confie avoir pour habitude de les vouvoyer. Même s’il les a connues au catéchisme, dès qu’elles ont 14 ou 15 ans, il passe au vouvoiement. « Un moyen facile de lever beaucoup d’ambiguïtés ». Vis-à-vis des femmes, attention à ne pas laisser s’installer une relation qui n’est pas ajustée. Cela nécessite de prendre des mesures de prudence dans le regard, le toucher, l’usage des réseaux sociaux…

De manière générale, le père Potez engage « à ne pas devenir un copain sympa » : « Ne te laisse pas tutoyer, ni appeler par ton prénom », exhorte celui qui préfère se faire appeler « mon Père », « Monsieur le Curé » ou « Père François ». Non pas pour imposer une distance, mais pour créer l’espace nécessaire à l’épanouissement de sa paternité en tant que prêtre. Enfin, gare à l’adulation du curé. « C’est très dangereux de devenir une vedette quand on est prêtre ! », avertit-il. Il préconise au contraire une totale transparence, à l’image du curé d’Ars, « totalement effacé et transparent à la grâce ». Le prêtre devient ainsi l’instrument de la fécondité de la grâce.

4Avoir un lieu pour vider son sac

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« Un prêtre est un homme comme tout le monde », rappelle le père Potez à plusieurs reprises. Un prêtre a donc aussi des fragilités et des blessures. « Aie toujours un lieu pour pouvoir vider ton sac. Et même pleurer en paix si ça doit déborder ». Dans ces moments-là, l’important est de ne pas rester seul. La solitude est à cultiver pour rechercher Dieu et nourrir sa vie intérieure, mais l’isolement est dangereux. Il est important pour un prêtre d’avoir un père à qui il puisse tout confier.

5Savoir danser la valse

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Un conseil qui peut paraître incongru à première vue. Quel est le rapport entre la danse et la vie du prêtre ? Le père Potez développe une réflexion ô combien utile à la formation des prêtres aujourd’hui : la valse permet à un jeune homme d’éprouver l’harmonie du masculin et du féminin. Avant de s’engager dans le célibat pour toujours, « il faut avoir éprouvé les sentiments, et avoir appris à les maîtriser, à les dépasser », assure le prêtre. « En apprenant à danser, il aura compris quelque chose de fondamental concernant la mission et la vocation de l’homme et de la femme ».

6Célébrer

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La messe est au cœur de la vie du prêtre. « Chaque messe est unique et le Christ s’y rend réellement présent », rappelle le père Potez. Un mystère qui exige de soigner la liturgie de chaque célébration eucharistique, qu’elle se déroule dans une cathédrale bondée ou en camp scout. « Soigne la célébration de la messe ». Une exhortation qui rejoint la dernière lettre apostolique du Pape François Desiderio desideravi sur la beauté de la liturgie.

Y a-t-il une bonne manière de célébrer la messe ? La réponse du père Potez tient en seul mot : « Prie ! ». « Prie quand tu célèbres. Entre au-dedans. Parle au Christ et son Père, basta ! » Quant à l’homélie, elle gagne à être préparée. Transmettant à son tour ce qu’un prêtre lui avait confié, le père Potez donne la recette : « Pour une bonne homélie, premièrement, avoir quelque chose à dire, deuxièmement, le dire, et troisièmement, se taire quand on l’a dit. »

7Ne pas manquer la « séance de parvis »

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« Ne manque jamais ce que j’appelle la « séance de parvis » », conseille le père Potez. Ce moment où à l’issue de la messe du dimanche, le prêtre rejoint ses paroissiens sur le parvis de l’église. Moment de communion qui peut vite basculer dans le rendez-vous mondain alors qu’il est l’occasion de vivre concrètement la charité et de renforcer les liens de la communauté paroissiale. Une règle chère au père François consiste à « ne pas parler à une personne que l’on connaît avant d’avoir parlé à deux personnes que l’on ne connaît pas ». C’est à ce moment-là que l’on peut poser son regard sur chacun et l’accueillir tel qu’il est.

8Prier

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« La prière ! La grande affaire de notre vie », s’exclame le père Potez. Tantôt douce, tantôt aride, la prière permet de demeurer auprès de Dieu. « En lui. Pour qu’il demeure en nous ». C’est pourquoi il est important de lui réserver des moments pendant la journée, selon sa mesure et son rythme. Deux lieux privilégiés sont chers au père Potez : l’adoration du Saint Sacrement, et les actes d’adoration intérieure au cours de la journée. « L’essentiel, finalement, c’est d’offrir du temps à Dieu pour lui permettre de nous aimer. Se laisser aimer : je crois que c’est cela, la plus belle prière ».

Autre préoccupation spirituelle dans la vie d’un prêtre : comment gérer la multitude d’intentions de prière qui lui sont confiées ? Le père Potez confie sa méthode. Il possède un petit livre des intentions personnelles, dans lequel il garde les personnes ou les intentions qui lui sont recommandées, et les dépose régulièrement devant la Vierge Marie.

9Education : adopter la théorie du poteau indicateur

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Père Gaspard Craplet célébrant une messe en montagne.

Le prêtre est souvent appelé à être un éducateur, à travers le catéchisme, l’aumônerie ou en tant qu’aumônier scout ou dans des camps de jeunes. En quoi consiste cette mission ? Pour le père Potez, tout l’enjeu de l’éducation est de « permettre à un jeune de dire un jour : « Oui, je veux », un « je veux » qui engage toute sa vie sur la route que le Seigneur lui propose et qu’il choisit de suivre librement ». Pour cela, un éducateur est un peu comme un « poteau indicateur » : l’éducateur « propose un itinéraire permettant d’atteindre le but, tout en évitant les pièges ». Et l’une des routes à emprunter est d’apprendre à maîtriser son affectivité et ses sentiments.

Parmi tous les courants éducatifs en tout genre, le père Potez prône une méthode qu’il appelle la « pédagogie de l’enthousiasme ». Entre la « pédagogie du manche à balai » – excessivement rigide – et la « pédagogie de la guimauve » – trop molle -, la pédagogie de l’enthousiasme est celle où l’éducateur, exigeant et souple à la fois, marche « avec » l’enfant ou le jeune : « Il propose une ascension vers les cimes, dans laquelle il s’engage lui-même comme chef de cordée ».

10Les vacances : quinze jours au même endroit

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Si le prêtre est appelé à se donner, il ne s’agit pas non plus de s’oublier complètement. Le repos est nécessaire. Mais comment savoir quand se reposer ? Le ministère d’un prêtre est intense et « la fatigue est un état normal », constate le père Potez. La fatigue n’est donc pas un critère pour savoir quand faire une pause. La joie et la paix intérieure, oui. « Si je perds l’une ou l’autre, si je commence à râler pour un rien, que j’ai envie d’envoyer promener le premier qui me contredit, que je ressens du trouble et que je me prends à marmonner sans cesse, alors c’est le signe infaillible que j’ai besoin de repos », confie-t-il. Avant de conclure le sujet des vacances en affirmant qu’ « on ne se repose véritablement qu’en restant au minimum quinze jours au même endroit ».

Pratique

La grave allégresse, Etre prêtre aujourd’hui, père François Potez, Mame, mai 2022, 14,90 euros.
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ÉglisePrêtresacerdoce
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