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Pourquoi ce refus d’engendrer en temps d’hiver démographique ?

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Shutterstock I Gajus

Tugdual Derville - publié le 29/09/22

Si l’Insee observe en France une très relative remontée des naissances en 2021, les jeunes occidentaux sont de plus en plus nombreux à croire qu’il faut renoncer à engendrer pour sauver la planète. Pourtant, note Tugdual Derville, cofondateur du Courant pour une écologie humaine, les nouvelles projections démographiques ne sont plus conformes à celles qui prévalaient dans la phase la plus malthusienne du XXe siècle ; l’effondrement démographique de l’Occident est par ailleurs largement entamé.

Le mouvement des « sans enfants » (« CF » pour Child Free) est apparu dans les années soixante-dix, avec un mobile essentiellement libéral, consumériste et individualiste — voire égoïste assumé — même si émergeait déjà l’argument écologique, partiellement altruiste, lié à la peur de la surpopulation (cf. Anne Gotman, Pas d’enfant. La volonté de ne pas engendrer, Éd. Fondation Maison des sciences de l’homme, 2017). Depuis, le courant « woke » a contribué à légitimer cette « philosophie », en s’acharnant à « déconstruire » toute idée d’instinct et d’amour maternel ou paternel, et de désir naturel d’engendrer…

Même s’il est difficile de sonder la réalité des motivations d’un choix aussi personnel, intime et impliquant, que de renoncer délibérément à donner la vie, son mobile écologique s’insinue dans la jeunesse occidentale, frappée d’éco-anxiété. L’argument de l’égoïsme se retourne contre ceux qui, en engendrant, aggravent la pollution aux dépens des… générations futures ! Le serpent malthusien se mord ici la queue, à moins de considérer que la planète a des droits. Certains vont jusque-là : c’est la posture à la fois suicidaire, provocatrice, et culpabilisatrice de l’effrayant « Mouvement pour l’extinction volontaire de l’humanité ».

Des politiques d’incitation à la dénatalité

En France, selon une étude de l’INED de 2016, 1 million de femmes de 18 à 79 ans « ne souhaitent pas ou n’ont jamais souhaité être mères » (soit 4,5% du total). Ce pourcentage doit avoir augmenté avec la prise de conscience écologique. Même si la « dénatalité » n’est pas un cheval de bataille des experts du GIEC, sa promotion est répandue, et sous-jacente dans les propos de nombre de leaders politiques. À l’image d’Yves Cochet : l’ancien ministre de l’Écologie, revendiquait, en 2019, un « néomalthusianisme modéré ». Depuis plus d’un siècle, dans l’élan des théories du britannique Thomas Malthus, la peur de la surpopulation tétanise une partie de l’intelligentsia du monde. Croyant avoir constaté que la population augmentait plus vite que ses moyens de subsistance, Malthus pensait avoir trouvé la solution : réduire le nombre des naissances chez les pauvres. Et c’est ainsi que des politiques d’incitation à la dénatalité, parfois contraignantes, se sont diffusées jusqu’à aujourd’hui.

Le courant écologique des Ginks (pour l’intraduisible Green inclinations, no kids) s’est ainsi développé. En octobre 2018, l’Agence France Presse a dû s’expliquer après la publication sans commentaire d’une infographie, issue d’une étude, elle-même controversée. Le schéma proposait onze façons de « réduire son empreinte carbone », classées dans l’ordre croissant de bénéfice pour la planète, depuis « changer ses ampoules » (faible impact) jusqu’à « abandonner la voiture à essence » (impact élevé), en passant par « laver son linge à l’eau froide » (impact modéré). Classé en tout dernier, et quasiment hors catégorie, car la réduction de l’empreinte carbone induite est supposée telle que l’infographie ne peut la faire figurer à l’échelle : « Faire un enfant de moins » ! L’AFP, qui avait présenté le tableau par le simple commentaire « Quelques moyens pour réduire son empreinte carbone », s’est défendue en affirmant que ce message ne valait pas approbation des propositions…

La grande peur d’être de trop

Taxés de « populationnistes », quelques démographes ont depuis longtemps contesté le malthusianisme, en montrant la corrélation entre développement économique et transition démographique. La famine a énormément régressé malgré la croissance démographique. Mais la grande « peur d’être trop » a contaminé l’humanité. Certains pays qu’on croyait « surpeuplés » s’en mordent les doigts comme la Chine : sa sévère politique de l’enfant unique a transformé sa pyramide démographique en toupie. Avec la hausse de l’espérance de vie, un adulte se retrouve en situation de devoir soutenir seul, deux parents et quatre grands-parents ! La vieille Europe n’est pas en reste : pour nombre d’observateurs, elle est condamnée à l’effacement, sauf recours massif à l’immigration, qui pose d’autres questions.

Pour un peu, l’être humain se verrait comme une « rature » de la Création, invité, en conscience à s’en retirer.

Les alarmes des prévisionnistes de la « bombe P » (pour population) ont donc fait de lourds dégâts dans les pays riches comme dans les pauvres. Ces idées fausses ont encore une forte inertie : court de plus en plus l’idée suicidaire que le meilleur service à rendre à la planète est de s’abstenir d’engendrer. Pour un peu, l’être humain se verrait comme une « rature » de la Création, invité, en conscience à s’en retirer.

La supercherie des alertes malthusiennes 

Et si l’implosion démographique était la vraie menace ? Alors qu’on estime que l’humanité s’apprête à dépasser les 8 milliards d’habitants (cap franchi en novembre 2022) un économiste de la banque HSBC, James Pomeroy, vient d’envisager une division par deux de la population mondiale d’ici la fin du siècle ! Selon son rapport publié en juillet 2022, on passerait donc de 8 à 4 milliards d’habitants en 2100. La baisse de la fécondité associée au vieillissement général expliquerait cette hypothèse étonnante, qui, certes, ne fait pas l’unanimité (le scénario « central » de l’ONU envisage 10 milliards).

Beaucoup commencent à mesurer la supercherie des alertes malthusiennes : un effondrement démographique, inversant l’effet de la croissance observée dans la seconde moitié du XXe siècle, ne peut s’envisager sans bouleversements géostratégiques et sociaux majeurs. Quoi qu’il en soit, comme l’exprime un éditorial de France Inter : « Ce n’est pas tant le nombre d’habitants qui tue aujourd’hui la planète à petit feu, mais plutôt notre façon d’y vivre et d’en exploiter les ressources. » On croirait lire le pape François dans Laudato si’ : « S’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire. » Procréer ne tuera donc pas la planète, et espérons que ceux qui vont naître sauront préserver ses richesses.

Tags:
ÉcologieEnfantsFamille
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