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Sans corps, comment l’Eglise dit-elle adieu à un défunt ?

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Funérailles sans corps

Pascal Deloche / GODONG

Marzena Devoud - publié le 10/11/22

Disparition, catastrophe, accident, décès et inhumation à l’étranger… Il arrive aujourd’hui de célébrer des funérailles catholiques sans corps ni cendres. Comment se déroulent-t-elles ?

Difficile de faire le deuil en absence de corps ou de cendres car la perte n’est pas tangible. Les raisons semblent se multiplier aujourd’hui : une disparition en montagne ou en mer, des catastrophes naturelles, un accident d’avion ou encore un décès et une inhumation dans un pays étranger… Cependant, même si le corps est absent, il est essentiel pour la mémoire du défunt et pour les proches d’organiser une véritable célébration funéraire, avec un temps de prière et d’adieu.

« Même pour nous qui travaillons au service des funérailles, la présence incarnée du défunt est très importante. Personnellement j’ai organisé une cérémonie sans le corps du défunt. Il s’agissait de quelqu’un qui était mort subitement pendant ses vacances en Croatie. Comme il y avait des problèmes concernant le fret du corps, bloqué pour le coup là-bas, la famille a décidé d’organiser une messe des funérailles sans le cercueil. Nous avons mis alors dans l’axe de l’autel la photo du défunt avec une gerbe de fleurs au pied. C’était très important pour la famille et toute l’assemblée de substituer ainsi l’absence du corps pour faire les adieux et prier pour son âme », explique à Aleteia Benoît de la Chanonie, responsable du Service catholique des funérailles à Boulogne.

Cette prière pour le dernier adieu le rappelle dans des mots très justes : Le deuil chrétien consiste à passer d’une relation sensible à une communion des saints (réf 127) :

« Souviens-toi de ce que tu as fait
Pour notre serviteur N, notre frère :
Au jour de son baptême,
Tu l’as accueilli dans ton peuple ;
Maintenant qu’il nous a quittés,
Associe-le au bonheur de tes amis, les saints ;
Accueille-le près de toi où tout est lumière et paix. »

Manifester la présence du défunt

Concrètement, sans corps ni cendres, comment célébrer les funérailles ? Comment manifester la présence du défunt ? Comme le rappelle Mireille Toulemonde, auteur du guide des funérailles du Service national de la pastorale, il y a encore quelques décennies, les îliens d’Ouessant (Finistère) pratiquaient l’usage des « proelas ».  Le marin disparu en mer était figuré par une croix de cire. On déposait celle-ci sur le catafalque à la place du cercueil, puis dans une urne de bois, comme pour un ensevelissement. Plusieurs semaines plus tard avait lieu la translation au cimetière. Aujourd’hui, on pourra manifester la présence du défunt par une bougie allumée au cierge pascal, une photo ou pourquoi pas un objet qui rappelle les engagements de la personne. Le célébrant explique alors les raisons de l’absence du corps, afin de mettre des mots sur l’évidence.

Les gestes pour être en communion avec le défunt

Si les rites liés au corps lui-même (encensement et aspersion) ne peuvent pas être accomplis, d’autres gestes « paraliturgiques » sont à trouver : déposer symboliquement une fleur près de la photo du défunt, fleurir une croix en mousse, déposer un grain d’encens dans une coupe, signer un registre de condoléances. Tous ces détails sont à soigner particulièrement « afin que l’assemblée entre dans une véritable communion spirituelle avec le défunt et les saints du ciel », souligne Mireille Toulemonde.

Comme la messe est célébrée en absence du corps du défunt, elle se termine par une bénédiction et non par un rite de dernier adieu.

Si le défunt était catholique, il convient de célébrer une messe des obsèques comme dans le cas des funérailles normales. Par « messe des obsèques », on entend « l’unique messe pour le défunt directement rattaché aux obsèques d’un défunt », comme l’indique le missel romain. Celui-ci précise que « la célébration de cette messe suppose, en principe, la présence du corps ; mais pour un motif raisonnable, elle peut être célébrée lorsque le corps est absent ou déjà enseveli ».

Le célébrant choisira les textes liturgiques adaptés ou tout à fait adaptables, qui se trouvent dans la sélection assez large de messes pour les défunts, indiquées par le missel. Il y a, entre autres, des prières pour les jeunes morts et pour ceux qui sont morts subitement. Comme la messe est célébrée en absence du corps du défunt, elle se termine par une bénédiction et non par un rite de dernier adieu. Dans l’homélie qu’exige toute liturgie des funérailles, il est particulièrement important de rappeler la croyance en la résurrection du corps, indépendamment du sort post-mortem du corps du défunt. Ainsi que l’espoir qui en découle, celui qu’au Ciel, tous un jour retrouveront leurs corps ressuscités à la ressemblance du corps glorifié du Christ.

Quelle trace à la place de la tombe ?

« Il me semble important de graver le nom de la personne disparue sur la tombe de ses proches. C’est tout à fait possible, même si le corps ne s’y trouve pas. Ce fut notamment le cas de nombreux prisonniers du camp d’Auschwitz dont les noms ont été gravés sur les tombes familiales », remarque Benoît de la Chanonie. Il est possible aussi de réaliser une plaque commémorative placée ensuite dans un lieu particulier, en lien avec le défunt : une chapelle, un sanctuaire ou cimetière, afin de conserver la trace de la vie du défunt en absence de lieu de sépulture. Cette pratique est importante tant pour le respect et le souvenir du défunt que pour des raisons psychologiques pour les proches en deuil.

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