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Raser des églises ? Et si Roselyne Bachelot avait raison ?

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Cécile Séveirac - publié le 03/02/23

Début janvier, sur le plateau de France 5, Roselyne Bachelot a évoqué la nécessité de "raser certaines églises" qui ne présentent selon elle "aucun intérêt notoire" sur le plan patrimonial. Des propos très durs, qui ont cependant le mérite de mettre les catholiques - et les non catholiques - face à leurs responsabilités.

Lors de l’émission « C à vous » proposée par France 5, le jeudi 5 janvier, l’ancienne ministre de la Culture Roselyne Bachelot a tenu des propos qui n’ont pas manqué de susciter de véhémentes protestations. « Il y a un patrimoine cultuel du XIXe siècle qui n’a pas un grand intérêt », a-t-elle assuré sur le plateau. Sauver ce patrimoine devrait selon Roselyne Bachelot résulter de la mobilisation de citoyens ou de fidèles, pour permettre à l’État de se « recentrer sur un patrimoine notoire. »

« Je trouve cela extrêmement triste d’entendre ces propos de la bouche d’une ancienne ministre de la culture », reconnaît Benoît de Sagazan, directeur de l’Institut Pèlerin du patrimoine, auprès d’Aleteia. « Les églises font partie de l’identité commune », estime-t-il. Si la « solution » proposée par Roselyne Bachelot pour la conservation du patrimoine religieux est inadaptée, le diagnostic duquel elle découle n’en est pas moins réaliste. 

De quelles églises parle-t-on ?

À ce jour, aucun inventaire précis du patrimoine religieux en France n’est disponible. On dénombrerait 100.000 édifices religieux, tous cultes confondus (catholiques, orthodoxes, protestants, juifs, musulmans…), actifs ou inactifs. Parmi eux, la France compte, selon la Conférence des évêques de France (CEF), plus de 42.000 églises et chapelles. Une infime partie de ces dernières bénéficie du label « Monument Historique » (attribué à 15.000 édifices religieux sur les 100.000), qui confère au monument protégé un statut juridique spécifique conduisant à une obligation d’entretien, grâce à la reconnaissance de son intérêt historique, artistique et architectural. Les églises labellisées peuvent bénéficier, à ce titre, de subventions complémentaires à celles de leur commune, qu’elles soient départementales et régionales. En somme, ces églises sont protégées de telle sorte qu’il est presque impossible de les détruire.

Les propos de Roselyne Bachelot sur les églises « sans intérêt » concernent donc la deuxième catégorie d’églises, dites non protégées. Celles-ci ne dépendent que des subventions communales. Depuis la loi de séparation de l’Église et de l’État, ce sont les communes qui sont propriétaires des églises bâties avant 1905. L’Église de France quant à elle, n’est propriétaire que des églises bâties après cette date. À ce jour, plus de 40.000 églises appartiennent aux collectivités publiques. Dès lors, il appartient aux seules communes d’assumer les travaux de réfection et d’entretien des églises non protégées, qui sont leur propriété. Tout dommage résultant de l’absence de travaux engage la responsabilité de la commune. Or, beaucoup de maires se retrouvent dans l’impossibilité de financer les travaux de leurs églises, qui deviennent rapidement inaccessibles pour des raisons de sécurité. Ils n’ont d’autre choix que de se tourner vers la Fondation du Patrimoine, organisme privé dont les aides reposent sur les dons défiscalisés.

Un certain nombre de ces églises est effectivement en danger de disparition. D’après un rapport d’information mené en 2022 par les sénateurs Pierre Ouzoulias et Anne Ventalon, 2.500 à 5.000 églises sont menacées d’être abandonnées, vendues ou détruites d’ici à 2030. Cette déréliction du patrimoine religieux est, selon le rapport, une conséquence de la déchristianisation de la France, associée à un manque de moyens et à la désertification rurale. En 2016, la Conférence des évêques de France recensait quant à elle 255 églises communales ou diocésaines désaffectées ou vendues depuis 1905; et 2.190 églises démolies depuis 1905, dont la majorité a en fait été reconstruite, notamment lorsqu’il s’agit de propriétés communales. 

Quelle que soit notre position au sein de l’Église, nous sommes tous égaux dans ce renouveau de la spiritualité, qui se fera par les campagnes.

Pour ne donner qu’un exemple récent, l’église de La Baconnière en Mayenne, fragilisée par la tempête Miguel de 2019 et fermée au public depuis 2014, sera détruite en raison du coût faramineux que représente sa rénovation. 6 millions d’euros sont à prévoir pour la restaurer entièrement. 

La destruction des églises n’est pas inéluctable

Il est cependant évident que les catholiques ont un rôle à jouer, pour ne pas dire un devoir, dans cette œuvre de transmission de l’héritage religieux qui est le leur. Des fidèles se mobilisent déjà pour sauver leurs églises ou même les calvaires de l’oubli. Pour Philippe de la Métrie, le président de Priants des Campagnes, « l’église est un lieu de prière, et il n’y a pas toujours besoin d’une messe pour prier. » « Soyons réalistes », affirme-t-il à Aleteia, « les prêtres s’occupent parfois d’une vingtaine de clochers, ils ne peuvent pas assurer la messe partout ! Il faut se manifester en dehors de la célébration des messes et occuper nos églises. » 

Avec seulement deux ou trois personnes, il est possible de créer une association pour la sauvegarde d’une église : c’est cela, explique Philippe de la Métrie, qui permettra de dialoguer avec le maire et de montrer que l’église d’un village n’est pas déserte. Ainsi, en Nord Mayenne, Marie-Anne ouvre et ferme la petite église Saint-Pierre, à Couesmes-Vaucé : après avoir créé une association pour la sauvegarde de l’église, elle a pu demander au prêtre du diocèse d’y célébrer la messe tous les trois mois. Le reste du temps, un groupe de prière constitué pour l’occasion se rend à l’église dans la semaine. Même initiative à Mézy-sur-Seine, dans les Yvelines, ou encore dans le Loiret à Vrigny et Sigloy. Certaines églises, fermées au public depuis de longues années, retrouvent une nouvelle jeunesse grâce à un sursaut de mobilisation des fidèles. « Quelle que soit notre position au sein de l’Église, nous sommes tous égaux dans ce renouveau de la spiritualité, qui se fera par les campagnes », affirme Philippe de la Métrie. À chacun, selon ce dernier, de prendre ses responsabilités pour rendre le patrimoine religieux vivant. 

Les églises n’ont pas vocation à demeurer des vestiges du passé.

Un enjeu missionnaire pour l’Église

De son côté, Benoît de Sagazan estime qu’il faut « développer la culture de l’entretien dont la santé du patrimoine religieux dépend. » « Il s’agit même d’un enjeu missionnaire pour l’Eglise », déclare-t-il. Les églises doivent selon lui s’appuyer sur trois piliers : la transcendance, le rassemblement, et le service du bien commun. « Si elles répondent à ces trois objectifs, elles vivront, et la question de leur existence ne se posera même plus. Les églises n’ont pas vocation à demeurer des vestiges du passé. » Le problème ne réside donc pas dans la notion d’intérêt. Les églises ont l’intérêt que les paroissiens ou les citoyens leur donnent. Or, beaucoup d’églises occupent le centre du village sans que quiconque ne vienne en pousser les portes. Nous avons beaucoup d’églises. Mais nous avons aussi beaucoup d’églises sans catholiques. C’est donc bien la valorisation du patrimoine qui permettra sa préservation, et la passivité qui entraînera sa perte. Sans que l’État ni les collectivités territoriales n’abdiquent devant cette tâche qui leur incombe, c’est aussi à chaque catholique français de redonner aux églises leur vocation première : celle d’élever les âmes. 

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