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Jacintha, la petite fille qui voulait sauver les âmes du feu de l’enfer

Jacinthe de Fatima

Wikimedia Commons / domaine public

Jacintha Marto

Anne Bernet - publié le 19/02/23

La plus jeune enfant des voyants de Fatima a souffert le martyre avant de rendre son âme à Dieu. Petite fille courageuse, elle a donné sa vie pour sauver les pécheurs du feu de l’enfer. Jacintha est canonisée le 13 mai 2017, l’Église la fête avec son frère Francisco le 20 février.

La nuit tombe ce 20 février 1920 et le crépuscule baigne d’une clarté triste les couloirs de l’orphelinat Notre-Dame-des-Miracles à Lisbonne. Dans l’une des chambres de l’infirmerie gît une fillette de dix ans. “S’il vous plaît, ma Sœur, je sais que je vais mourir. Appelez un prêtre…” S’agissant d’une autre enfant, sœur Marie de la Purification ne prendrait peut-être pas cette demande au sérieux mais cette petite n’est pas n’importe qui et, depuis son admission dans l’établissement, un mois plus tôt, la religieuse, devenue sa confidente, prête foi à ce qu’elle lui raconte. En hâte, elle appelle l’aumônier.

Celui-ci arrive, accepte d’entendre la confession de la malade mais pas de lui apporter le viatique. Certes, tout le monde dans l’établissement est conscient qu’elle n’en a plus pour longtemps mais rien ne laisse présager que la fin soit très proche. Péremptoire, le prêtre lui assène qu’elle communiera le lendemain et tourne les talons. Entend-il une petite voix supplier et murmurer : “Demain, je serai morte…” ?

En tout cas, le prêtre fait comme s’il n’avait pas entendu et s’en va. L’enfant reste seule dans la chambre, abandonnée, désolée d’être privée de l’Eucharistie, seule consolation qu’elle réclamait. Pourtant, elle ne se plaint pas. Dieu l’a permis, que Sa volonté soit faite. Et la volonté de Dieu est devenue tout pour elle. Parce que c’est l’unique moyen de racheter les péchés et arracher les âmes à l’enfer où elles tombent “comme des flocons de neige”. 

La dernière de huit enfants

Cette petite fille qui agonise, loin de ses parents et de sa famille, dans cet orphelinat lisboète s’appelle Jacintha Marto. Au Portugal, tout le monde la connaît. Elle est l’une des trois enfants qui, à Fatima, ont vu la Sainte Vierge. Née le 11 mars 1910, dernière d’une famille de huit enfants, Jacintha, jusqu’à l’âge de six ans, passe pour capricieuse, capable de bouder des heures entières quand elle n’a pas ce qu’elle veut. Tendre, gaie, joyeuse la plupart du temps, elle a toujours bon cœur mais, à première vue, rien ne la prédispose, pas plus que son frère aîné Francisco et sa cousine Lucia, à devenir la messagère de Notre-Dame du Rosaire. C’est pourtant ce qui se produit et, dès la seconde apparition de la Vierge à la Cova de Iria, Jacintha se métamorphose en découvrant l’immense amour du cœur immaculé de Marie, “le cœur de notre chère Maman du Ciel” comme elle dit dans son langage enfantin. Cette découverte la plonge dans une joie émerveillée, pleine de gratitude ; face aux trésors de ce cœur, les plaisirs et les jeux de la terre perdent tout attrait et, à chaque instant, ses proches la surprennent à genoux, absorbée dans ses prières. À Lucia, la seule qui puisse comprendre cet embrasement de l’âme, elle explique : “J’aime tellement redire : “Doux cœur de Marie, soyez mon salut ! Cœur immaculé de Marie, convertissez les pécheurs et préservez les âmes de l’enfer !””

Une âme expiatrice

De l’enfer, Jacintha ne connaît que la représentation grimaçante et rougeoyante de l’église paroissiale, suffisante, dans sa maladresse, pour effrayer les enfants, mais, lorsqu’à sa troisième visite, Notre-Dame révèle aux trois jeunes bergers la terrifiante vision du royaume démoniaque et le spectacle de ces âmes s’y consumant tels des charbons ardents dans des souffrances inextinguibles, le choc est d’une irrémédiable violence. Avec une clairvoyance qui nous manquera toujours, l’enfant comprend, et l’immensité de l’amour divin, et la gravité du péché qui l’offense et la nécessité d’une justice à la hauteur des crimes. Si son frère aîné, Francisco, se donne pour mission de « consoler Jésus », Jacintha, bouleversée par les propos de la Dame disant que ces gens se sont damnés parce qu’il n’y a personne qui prie et se sacrifie pour eux, se voue à cette tâche en apparence au-dessus de ses forces. Dévorée de compassion, elle ne cesse de redire : “Mon Dieu, que j’ai pitié de ceux qui vont en enfer…”

Jacintha est une âme expiatrice, réparatrice, l’une des plus redoutables vocations qui soient.

Cette compassion devient agissante. Jacintha prie et se sacrifie, en effet, comme Marie l’a demandé, pour sauver ces malheureux. D’une corde trouvée sur la route, elle fait un cilice, qu’elle serre tant qu’elle en pleure de douleur, tout en refusant de l’enlever car ses souffrances sauvent des âmes et consolent Jésus. Elle se prive de toute douceur, jeûne, va à la messe chaque matin, même quand elle n’en peut plus “pour ceux qui n’y vont jamais, même pas le dimanche…” Jacintha est une âme expiatrice, réparatrice, l’une des plus redoutables vocations qui soient. Reste qu’elle n’est qu’une petite fille. Une petite fille qui sait que sa vie ici-bas sera courte. Après l’épouvantable vision de l’enfer, Marie promet aux trois enfants qu’ils y échapperaient puis annonce aux deux petits Marto qu’Elle viendrait bientôt les chercher, annonce qui les comble, alors que Lucia, destinée à vivre vieille, pleure de dépit à l’idée de n’aller pas bientôt au Ciel.

Elle sait que son heure est proche

La promesse de Notre-Dame ne tarde pas à se réaliser. À l’automne 1918, un an après la dernière apparition et le miracle du soleil, Francisco et Jacintha attrapent la grippe espagnole qui fait des ravages sur leurs organismes fragiles. Son frère part le premier, le 4 avril 1919, disant à sa mère en larmes : “Maman, est-ce que tu ne vois pas cette magnifique lumière ?” Plus robuste, Jacintha semble s’accrocher à la vie mais à quel prix… Les traitements médicaux inappropriés censés soulager ses poumons rongés par la maladie ouvrent sur ses côtes une plaie incurable qui lui causent d’intolérables et constantes douleurs. Au lieu de s’en plaindre, elle s’en réjouit. N’a-t-elle pas accepté de souffrir pour consoler Jésus et sauver les âmes ? “J’aime tant dire à Jésus que je L’aime ! J’aime tant souffrir pour lui faire plaisir !”

Pour souffrir, elle souffre. Rien ni personne ne semble capable de la soulager, et d’ailleurs, elle ne le souhaite pas. Elle va mourir, bientôt, comme son frère. Notre-Dame l’a dit. Les grandes personnes n’acceptent pas cette évidence. Mi-janvier 1920, un éminent médecin, le docteur Lisboa, débarque au chevet de la petite voyante et déclare que, dans son hôpital à Lisbonne, on la sauvera, au prix d’une opération lourde et pénible, mais au résultat garanti. On trouvera des donateurs pour en assumer les frais. Jacintha essaie d’expliquer que cela ne servira à rien, que son heure est proche. On ne l’écoute pas. Ses parents espèrent tant la garder qu’ils ont tout accepté, même de se séparer d’elle.

La visite qu’elle espérait

Quitter Fatima pour Lisbonne est une épreuve de plus, la pire. Elle sait qu’elle ne reviendra jamais, qu’elle mourra dans cette ville inconnue, loin de ceux qu’elle aime, dans un déchirant abandon. Elle accepte : “Jésus, Marie, sauvez les âmes !” Le 10 février, après une semaine d’hospitalisation, l’intervention a lieu, sans anesthésie tant l’enfant est fragile et affaiblie. Elle subit un curetage à vif, mais elle offre. Quelque part dans le monde, son supplice arrache des âmes aux brasiers infernaux. Au personnel médical qui la plaint, conscient que cette torture n’a servi à rien, elle répond : “Patience… Il faut souffrir davantage pour aller au Ciel…” Souffrir ? Personne ne comprend comment elle peut en supporter plus, aucun remède ne lui apporte de soulagement.

Le 16 février, Jacintha reçoit la visite qu’elle espérait. Notre-Dame apparaît à son chevet : “Je vais bientôt venir te chercher. Mais dès maintenant, je t’enlève toutes tes souffrances.” En effet, sans aucune explication médicale, les douleurs disparaissent. Il reste à Jacintha quatre jours à vivre. Comme elle l’a annoncé, elle s’éteint, seule, vers 10 heures du soir, peu après le départ du prêtre qui n’a pas voulu l’entendre. De son corps épuisé monte aussitôt des parfums merveilleux qui subsisteront jusqu’à son enterrement à Vila Nova de Ourem, sépulture provisoire qu’elle quittera pour retrouver Fatima en 1935. Dans nos misères, petites ou grandes, tâchons de penser à cette enfant de dix ans dont l’exemple fait honte aux adultes et de nous souvenir que le salut des âmes, la nôtre et celle du prochain, a un coût. “Beaucoup d’âmes se perdent parce que personne ne prie et ne sacrifie pour elles.” Un jour viendra où il nous en sera demandé compte.

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ApparitionsFatima
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