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N’ayons pas peur d’être poussière !

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Rachata Sinthopachakul / Shutterstock

Luc de Bellescize - publié le 23/02/23

La liturgie des Cendres nous rappelle notre condition de mortel et de pécheur. Le temps du Carême, précise le père Luc de Bellescize, qui vient de publier "Méditations pour prier le rosaire" (Mame), est une aubaine pour découvrir qui nous sommes vraiment : une poussière, mais une poussière aimée de Dieu.

Ma grand-mère mettait de la cendre au pied des arbres, pour nourrir leurs racines. La mémoire de la mort engendre l’espérance de la vie. Nous recevons sur nos fronts la cendre froide, la poussière qui restera de nos corps enfouis au profond d’un caveau, quand nous ne serons plus qu’une photo jaunie, un sourire figé, un nom inscrit entre deux dates sur la pierre d’une tombe oubliée. “Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière.” La liturgie de l’Église nous permet de dire cette parole aujourd’hui, en imposant les cendres : “Souviens-toi que tu es poussière.” Memento mori ! “Souviens-toi que tu es mortel.” Lors de la cérémonie du triomphe dans les rues de Rome, un esclave accompagnait le général romain victorieux et lui répétait cette sentence pour qu’il n’oublie jamais, au cœur même de sa gloire humaine, qu’il n’était que poussière et qu’il retournerait à la poussière. Dans la poussière des morts, il n’y a plus ni esclave ni général. Nous serons tous à nu face au grand Jour de Dieu.

Dieu seul peut faire surgir l’homme de la poussière, l’arracher à l’empire des ténèbres. Dieu seul peut relever d’entre les morts son Fils bien-aimé, à condition que l’homme se souvienne qu’il est façonné de la terre, qu’il n’a pas de droit sur Dieu, qu’il est un pauvre et un pécheur. Frère Bernard de Quintavalle, premier compagnon de saint François d’Assise, témoigne que le saint se relevait parfois la nuit, et qu’on l’entendait ainsi prier : “Qui es-tu mon Seigneur, et moi qui suis-je ?” C’est la question que sainte Catherine de Sienne adresse au Seigneur dans ses visions, et Dieu lui répond : “Sais-tu, ma fille, qui tu es et qui je suis ? Je suis celui qui est, et toi tu es celle qui n’est pas.”

Il ne s’agit pas de dire que l’homme est néant, mais de bien comprendre qu’il ne serait rien sans le don que Dieu lui fait.

Il ne s’agit pas de dire que l’homme est néant, mais de bien comprendre qu’il ne serait rien sans le don que Dieu lui fait. L’Esprit de Dieu vient se mêler à la poussière pour faire de lui un vivant, comme dans le récit de la Genèse où Dieu souffle sur la glaise pour créer l’homme. Adam est tiré de la terre, adama. L’homme est poussière et retourne à la poussière, mais il est cette poussière que Dieu aime et qu’Il veut sauver, cette poussière qui participe du souffle de l’Éternel, qui reçoit l’onction. Le Christ est venu assumer notre misère, Nouvel Adam, pour nous envoyer l’Esprit Saint qui fait de nous des fils et nous ouvrir à la Vie sans fin. Alors il s’agit, en ce temps de Carême, de découvrir qui nous sommes, et qui est Dieu. De découvrir que nous ne sommes que des créatures fragiles, mais que nous sommes destinés à la gloire. “Je savais, disait la petite Thérèse, que j’étais née pour la gloire.”

Trois armes de lumière

Jeûner, faire l’aumône, prier. Trois armes de lumière nous sont données pour nous rappeler qui nous sommes, et qui est Dieu. Trois armes qui nous redisent que l’homme ne trouve pas sa plénitude en lui-même. Jeûner, car l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu. Faire l’aumône, car la possession des biens matériels peut faire de nous des hommes installés et nous faire oublier que nous ne sommes que des passants sur cette terre. Et surtout prier, c’est à dire nous convertir, nous mettre à genoux devant Dieu comme dans ce tableau du fils prodigue de Rembrandt, où l’on voit le fils à genoux devant son père. Il semble jaillir du sol, couleur de terre, couleur de cendres, vivante image du sacrement de la réconciliation que l’Église nous demande de recevoir. Et c’est parce qu’il est à genoux que le Père peut le relever et le faire entrer dans la joie des noces, la joie de se parfumer la tête et de se laver le visage, cette joie de ceux qui reçoivent tout, parce qu’ils savent qu’ils ne sont rien. 

“Nous vous en supplions au nom du Christ, dit l’Apôtre, laissez-vous réconcilier avec Dieu.”  Dans quel recoin obscur de notre vie, dans quelle blessure secrète la grâce de Dieu n’a-t-elle pas encore pénétré ? Convertissez-vous, et croyez à l’Évangile ! N’ayons pas peur d’être poussière et d’aller vers la mort, parce que nous sommes une poussière que Dieu aime. N’ayons pas peur d’être sales, d’être tombés, d’être à terre, n’ayons pas peur de présenter cette “entrée à la grâce qu’est essentiellement le péché” selon la parole de Charles Péguy : “C’est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l’essuya d’un linge. Celui qui n’est pas tombé ne sera jamais ramassé, et celui qui n’est pas sale ne sera pas essuyé.”

Pratique

Méditations pour prier le rosaire, Luc de Bellescize, Mame, février 2023, 143 pages, 14, 95 euros.

Tags:
CarêmeMercredi des Cendres
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