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Saint Siméon-François Berneux et la frustration du martyre interrompu

SIMEON-BERNEUX

Crédit : Institut de recherche France-Asie (IRFA) / MEP

Saint Siméon-François Berneux.

Aliénor Goudet - publié le 07/03/23

Siméon-François Berneux (1814-1866), prêtre des Missions étrangères en Asie, rêvait de sauver les âmes et tout offrir à Dieu, même sa vie. À tel point qu’avoir échappé au martyre une première fois le frustra grandement.

Vietnam, 1841. En cette nuit du 14 au 15 avril, samedi saint de cette année, le père Berneux est brutalement tiré de son sommeil. On entend des cris et des bruits de pas dans la ville de Nam-dinh. Quelque 500 soldats cherchent les prêtres chrétiens.

Le père Berneux est traîné dans la rue sans ménagement. Les soldats ne tardent pas à trouver son compagnon, le père Paul Galy. Les deux frères se sourient. Une étrange joie les accompagne jusque chez le mandarin. Il semble que le sacrifice ultime n’est pas loin. Et pour eux, il n’existe pas de plus grand bonheur que de rencontrer le Christ.

Un martyre loupé

L’attitude calme et presque joyeuse des deux prêtres étonne. Les soldats se demandent s’ils ne sont pas fous. En effet, Siméon-François est honoré de recevoir le même traitement que le Christ avant la Passion. Même derrière les barreaux, il prêche à ses geôliers et aux autres prisonniers bien que son vocabulaire soit sommaire. 

Puis on les amène devant le mandarin qui leur ordonne de dénoncer leurs frères prêtres sous peine d’être battu. Siméon-François et Paul se taisent. Ce dernier laisse le mandarin croire qu’il est un autre prêtre recherché. On menace alors de faire frapper des catéchistes s’ils ne renoncent pas à leur foi. 

– Notre récompense est au ciel, leur rappelle Siméon-François. 

Ils sont alors envoyés à la capitale, Hué. Là, ils sont interrogés à coups de bâton et de fer brûlant. Pourquoi les prêtres n’ont-ils pas d’épouses ? Qu’est-ce que cette histoire de vie après la mort ? À ces questions-là, Siméon-François répond. Mais lorsqu’on lui ordonne de marcher sur un crucifix ou de prendre une épouse pour être épargné, il refuse catégoriquement. Malgré la souffrance, lui et Paul ne laissent aucun cri leur échapper. Dieu leur a accordé la grâce de souffrir dans la dignité. Le grand mandarin les condamne à mort. Ils attendent leur exécution durant de long mois. Mais au lieu du martyre, c’est le salut qui vient.

Un contretemps productif

Le 7 mars 1843, un commandant de corvette français exige la libération de Siméon-François, Paul et trois autres prêtres détenus. Cette libération in extremis laisse perplexe le père Berneux. Les lettres d’adieu ont été rédigées, les dernières prières dites… Mais la volonté divine ne semble pas en accord avec celle de Siméon-François. Il est missionnaire. Alors il poursuivra la mission.

Il se rend à Macao, en Mandchourie, à Shanghai… Partout où il passe, il est évangélisateur, médecin du corps et des âmes. Il apprend la langue et les manières locales afin de mieux pouvoir se cacher et se déplacer pour le bien de sa mission. Malgré de sérieux problèmes de santé, le père Berneux continue sans relâche. 

En 1854, Pie IX le nomme évêque de Corée. Celle-ci interdit l’entrée des étrangers. C’est une terre de martyr. Raison de plus pour le père Berneux d’y aller ! Là encore, il convertit, soigne, fait construire école et séminaire, s’occupe des handicapés et des lépreux…  Mais en 1866, les tensions politiques donnent naissance à une vague anti-chrétienne. L’évêque est arrêté et horriblement torturé. Le père Siméon-François obtiendra finalement son martyre le 8 mars.

Mais encore une fois, le Seigneur lui accorde la dignité dans son supplice. On dit que le père Berneux souriait encore lorsque la vie le quitta. Il est canonisé par Jean Paul II en 1984. Son corps se trouve aujourd’hui à la cathédrale de Séoul.

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