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La fin du Karabagh arménien

DADIVANK-MONASTERE-ARMENIE-AFP

Antoni Lallican / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Monastère arménien de Dadivank situé au Haut-Karabagh.

Jean-Baptiste Noé - publié le 21/09/23

Sans surprise, l’Azerbaïdjan vient de conquérir le Karabagh. Une situation dramatique pour les populations civiles qui craignent une épuration de masse. L’avenir du patrimoine chrétien est quant à lui en suspens. Une analyse du géopoliticien Jean-Baptiste Noé.

L’assaut militaire de l’Azerbaïdjan sur le Karabagh n’est nullement une surprise. Bakou a mis un terme à la situation créée par la guerre de septembre 2020 en envahissant totalement la région et en l’intégrant au reste de l’Azerbaïdjan. Une conséquence logique de l’évolution des derniers mois. Quand l’Arménie, en juin dernier, a officiellement reconnu la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur le Karabagh, chacun a compris qu’Erevan ne pouvait plus s’opposer à une mainmise de Bakou. L’armée arménienne n’a pas bougé lors du bombardement du début de semaine et aucun secours n’a été porté aux Arméniens du Karabagh. La défaite de l’Arménie de l’Artsakh est d’abord celle d’une région isolée, sans allié et sans armée. Pour Bakou, la proie était facile. 

Un assaut programmé 

Le long blocus du Karabagh, qui a duré neuf mois, a fragilisé les populations civiles, empêché la livraison d’armes, participé aux départs des habitants ; l’assaut n’en fut que plus facile. Depuis plusieurs semaines, l’Azerbaïdjan massait des troupes à la frontière, souhaitant réitérer l’attaque de septembre 2020 et profiter de l’absence de la Russie, engluée dans sa guerre en Ukraine. Si l’attaque fut brève, c’est parce qu’elle fut minutieusement préparée, tant sur le plan militaire que sur le plan diplomatique. Face à une Arménie esseulée, l’Azerbaïdjan peut s’appuyer sur ses alliés turcs, iraniens, israéliens et européens, qui l’ont aidé soit directement, notamment en livrant des armes (Israël), soit indirectement, en n’intervenant pas (Union européenne). 

La capitale Stepanakert bombardée, le gouvernement de l’Artsakh a rapidement demandé un cessez-le-feu, déposé les armes et accepté des négociations, qui s’ouvrent ce 21 septembre. Il n’avait pas le choix, seul et sans arme, il était impossible de résister. 

Peurs pour l’avenir

L’avenir est sombre pour les habitants du Karabagh, qui craignent de devoir choisir entre la valise et le cercueil, même si l’Azerbaïdjan leur promet un statut de citoyen et la liberté de culte. Dans une région enclavée et détruite par le blocus et trois années de guerre, beaucoup comprennent que l’avenir est ailleurs. En Arménie peut-être, même si le pays est pauvre et n’a pas les moyens d’accueillir 120.000 réfugiés, en Europe et aux États-Unis plus sûrement, pour bénéficier de la diaspora arménienne. Un départ massif est la meilleure chose qui puisse arriver à Bakou qui n’a nullement envie d’un kyste arménien dans son tissu national. Les vexations ont déjà commencé pour encourager les départs.

La fin des chrétiens au Karabagh ouvre aussi beaucoup d’incertitudes quant à l’avenir du riche patrimoine religieux.

La fin des chrétiens au Karabagh ouvre aussi beaucoup d’incertitudes quant à l’avenir du riche patrimoine religieux. Églises, chapelles, monastères, monuments historiques, dont plusieurs sont classés à l’Unesco. Beaucoup craignent que les édifices religieux soient transformés en mosquées, détruits ou laissés à l’abandon. Un minimum serait qu’une mission de l’Organisation des Nations-unies soit envoyée pour veiller à leur préservation. Mais des bâtiments, surtout religieux, ne demeurent que s’ils sont utilisés. Si le départ de la population chrétienne se confirmait, ces mêmes églises et monastères, aussi beaux soient-ils, ne seraient que des pierres vides et abandonnées. 

Le silence des alliés

La Russie a lâché l’Arménie, ne voulant pas engendrer une nouvelle guerre dans le Caucase. Les relations entre Nikol Pachinian (Premier ministre arménien) et Vladimir Poutine sont au plus bas ; l’Arménie n’intéresse plus le voisin russe. Quant à l’Europe, elle a besoin du gaz et du pétrole azéris. Certes il ne représente que 2% des importations européennes, mais dans un contexte de pénurie et d’inflation cela compte. Aux yeux des Européens, l’alliance avec Bakou est donc plus importante que le soutien du Karabagh arménien. Après les bombardements et la reddition du début de la semaine, l’oubli et le silence seraient la pire chose qui puisse arriver aux habitants du Karabagh. 

Tags:
ArménieAzerbaïdjanGuerre
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