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Florian Vallières : “Ma bipolarité est un outil de témoignage”

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Bipolaire, Florian Vallières veut témoigner de son espérance, malgré la souffrance psychique.

Anne-Sophie Retailleau - publié le 09/10/23

Aujourd'hui âgé de 32 ans, Florian Vallières a été diagnostiqué bipolaire à 28 ans après dix années d'errance et de souffrance. À l'occasion de la journée mondiale de la santé mentale, le 10 octobre, le jeune homme offre auprès d'Aleteia un témoignage éclairant sur sa maladie et son rapport à la foi.

Dans le Xe arrondissement de Paris, les cloches de la majestueuse église Saint-Vincent de Paul sonnent 11h. Installé à la terrasse d’un café face à l’édifice, Florian sirote un allongé. Cigarette électronique à la main, casque et batterie de vélo posés sur la chaise d’à côté, ce trentenaire a l’allure typique du jeune cadre parisien dynamique. Difficile de déceler sur son visage tranquille les traces des épreuves traversées ces dix dernières années. Il y a quatre ans, en 2019, Florian Vallières* a été diagnostiqué bipolaire, une pathologie qui fait alterner le malade entre phases dépressives et phases d’exaltation euphorique, aussi appelées manies.

Cette maladie mentale touche entre 1 et 2,5% de la population en France, et compte parmi les dix pathologies les plus invalidantes, selon l’OMS. Il existe plusieurs types de la maladie, de gravité variable. Florian, lui, est atteint du trouble bipolaire de type 1, la forme la plus grave, celle qui plonge tantôt le malade dans de profondes dépressions, tantôt dans des phases de délire qui le coupent totalement de la réalité. Le jeune homme a ainsi vécu dans la souffrance, sans comprendre le mal dont il est atteint, pendant dix ans. Le diagnostic ne sera posé qu’à 28 ans, de longues années après les premiers signes de la maladie.

Son expérience de la souffrance, Florian a voulu en a fait un témoignage vibrant à travers un livre, publié en 2022. Il y évoque ses années d’errance médicale, son acceptation progressive de la maladie, et surtout, son rapport à la foi. “Les personnes bipolaires, même si elles ont des crises mystiques, peuvent vivre une relation authentique avec le Seigneur”, assure le jeune homme, qui affirme que vivre sa foi lorsqu’on est atteint d’un trouble psychique peut s’avérer complexe.

Des années d’errance médicale

En mai 2010, alors qu’il vient d’avoir 20 ans, Florian découvre la foi en Dieu, et va en même temps connaître les prémisses de la maladie. Avec un ami, il quitte le quartier cossu de la capitale dans lequel il a grandi pour se rendre en Inde, à Calcutta, en mission humanitaire. “J’étais un petit dandy parisien qui sortait beaucoup et qui ne savait rien de la pauvreté, raconte Florian. Quand je suis arrivée dans les mouroirs de mère Teresa, où j’étais bénévole, j’ai été confronté à la misère la plus totale. J’en ai été profondément marqué, cela a été un traumatisme.” Lorsqu’il rentre en France, un mois plus tard, Florian sombre dans une grave dépression dont il mettra une année à sortir.

Quelques mois plus tard, alors qu’il se rend aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) à Madrid, le jeune homme fait sa première crise maniaque : il ne dort plus, se sent exalté, se trouve assailli par des idées de toute-puissance et perd tout contact avec la réalité. “Je me prenais pour le Sauveur, je pensais que j’avais une mission à accomplir et que je devais rencontrer Benoît XVI“, raconte-t-il. Prévenus, ses parents viennent le chercher en urgence pour le ramener à Paris.

Car si la foi peut soutenir la personne atteinte de troubles mentaux, elle peut aussi, de façon mystérieuse, la rendre plus vulnérable. “Il est très difficile de dissocier les sentiments et les sensations que fait naître la bipolarité”, écrit Florian. “La joie donnée par le Dieu qui sauve et me pardonne, ou celles issues de certaines phases de la maladie.”

En 2013, le jeune homme se rend à Lourdes, et se sent appelé à devenir prêtre. Accompagné par son père spirituel, il décide d’entrer au noviciat chez les jésuites. Mais alors qu’il fait une retraite de 30 jours en silence, Florian commence à douter, croit vivre un combat spirituel et sombre de nouveau dans la dépression. Après un an et demi passés chez les jésuites, son état de santé le contraint à quitter le noviciat et à être hospitalisé. “J’étais très heureux chez les jésuites, il m’a fallu cinq ans pour me remettre de cette épreuve”, explique-t-il.

Vient ensuite le temps du diagnostic, puis de l’acceptation de la maladie. “En moyenne, il faut dix ans pour diagnostiquer un trouble bipolarité, cela a été mon cas”, déplore-t-il. “J’ai été accompagné par une psychothérapeute formidable, qui m’a beaucoup aidé sur le plan psychique mais aussi spirituel. C’est elle qui m’a vraiment fait comprendre que j’étais malade”, poursuit Florian.

L’espérance plus forte que la maladie

“Aujourd’hui je peux dire que ma foi m’aide à vivre ma maladie, car elle me donne l’espérance. Mais ce n’est pas pour cela qu’elle me permet de me croire guéri et d’arrêter de prendre mes médicaments. Humainement, je prends les moyens qu’on me donne: voir un médecin et un psychothérapeute, prendre un traitement et avoir un rythme de vie sain”.

“J’ai la chance d’être aujourd’hui stabilisé, je n’ai pas fait de crise depuis quatre ans”, assure-t-il. Pourtant, il sait que la partie n’est pas gagnée d’avance. Car si la bipolarité se soigne, il n’existe aucune guérison possible à ce jour. Mais après des années de souffrance, plusieurs épisodes de crises et d’hospitalisation, Florian se dit enfin apaisé. “Ce livre clôt dix ans de ma vie très difficiles, je peux enfin commencer autre chose.”

“Pendant des années, j’étais empêtré dans des épreuves spirituelles, j’avais très peur d’être condamné à l’enfer, confie Florian. Il y a peu de temps, le Seigneur m’a fait la grâce de ressentir sa présence, de manière très douce et paisible. J’ai compris que le temps des hommes n’est pas celui de Dieu. Le Seigneur est là pendant la souffrance mais cela ne veut pas dire qu’il va me guérir tout de suite. Il connaît mes souffrances parce qu’il les a vécues. Il faut l’accepter, cela demande du courage. Et quand ensuite on est touché par la grâce, on peut dire: “Seigneur, en fait, tu étais là !”. Il faut avoir l’humilité de regarder la Croix du Christ et réaliser que lui seul a souffert dans sa chair et son esprit d’une façon intégrale.”

Je veux que mon mariage à venir soit un signe d’espérance pour toutes les personnes bipolaires.

En dépit de toutes les épreuves infligées par la maladie, Florian ne cesse jamais d’espérer trouver enfin la paix. Dans quelques mois, le jeune homme va se marier. “Je veux que mon mariage à venir soit un signe d’espérance pour toutes les personnes bipolaires, car c’était totalement inespéré pour moi il y a encore quelques années”, confie-t-il. “Ma fiancée a lu mon livre, on a beaucoup parlé de la maladie. Il faut rassurer, expliquer à l’autre que l’on fait tout pour ne pas avoir de crise, mais aussi faire savoir que cela peut arriver. Ça ne sera pas facile, mais ça sera vécu, en pleine authenticité.”

Florian veut désormais servir les autres, en puisant sa force dans ses fragilités. “Ma maladie est un outil de témoignage, elle me permet d’être dans l’empathie, la compassion, de faire des rencontres”, assure-t-il. “Aujourd’hui, ce que je veux profondément, c’est prier pour les autres, ceux qui souffrent, et notamment les bipolaires. J’ai cette espérance du salut des hommes, pour chacun d’entre nous. La miséricorde de Dieu est tellement infinie !”

* Son nom de famille a été modifié.

Pratique

Tags:
MaladieSanté
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