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Le gouvernement des juges, dans le rugby aussi

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Thomas SAMSON / AFP

l'arbitre Wayne Barnes lors de la finale de la Coupe du monde de rugby opposant l'Afrique du Sud à la Nouvelle-Zélande, 28 octobre 2023.

Xavier Patier - publié le 31/10/23

Un arbitrage de plus en plus faillible, de plus en plus déterminant et de plus en plus critiqué, c’est la leçon la moins glorieuse de la Coupe du monde de rugby 2023. Nul ne peut garantir que la pression grandissante mise sur l’arbitre ne va pas finir par tuer le sport lui-même, redoute l’écrivain Xavier Patier.

À présent que la Coupe du monde est achevée, que le vainqueur est connu, que les banderoles sont rangées, il reste pour beaucoup de supporters une impression amère liée à des questions d’arbitrage. Au rugby, l’arbitre n’est guère critiqué, car peu déterminant, quand deux équipes de niveau très inégal s’affrontent. Mais il devient de plus en plus une cible quand les deux équipes ne sont pas loin l’une de l’autre.

Ce fut le cas dans les marchés décisifs entre l’Irlande et la Nouvelle-Zélande, entre la France et l’Afrique du Sud, entre l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande. Ceux qui avaient annoncé que l’arbitrage prendrait un poids considérable dans cette compétition de l’année 2023 avait bien anticipé ce qui s’est passé, sauf l’animosité inouïe, hystérique, proprement footballistique, que des arbitres chevronnés comme Wayne Barnes allaient finir par susciter, sans parler de certains autres, plus jeunes, comme Ben O’Keefe. 

De plus en plus faillible et de plus en plus déterminant

Le premier motif de cette dérive tient sans doute à l’évolution des règles elles-mêmes. Les règles du rugby sont devenues d’une complexité extrême. L’art de l’arbitre, assisté désormais par la vidéo et le “bunker”, est devenu un art d’interprétation exercé en partie collégialement, comme dans un tribunal pénal : question d’intime conviction. L’arbitrage est ainsi moins que jamais une science exacte. On ne demande pas à l’arbitre du rugby d’être infaillible, mais de décider. Or, dans le nouveau contexte, l’arbitre se révèle à la fois de plus en plus faillible et de plus en plus déterminant. On l’a vu — ce qui résume tout le reste — à la dernière action de la finale, à quelques secondes de la fin du temps réglementaire : menés d’un point, disputant une mêlée près de l’en-but adverse, les Blacks jouaient à quitte ou double. Ils devaient à tout prix obtenir la pénalité.

La coupe du monde s’est ainsi achevée sur une décision arbitrale mettant fin “arbitrairement” à une phase confuse, tout un symbole.

Quand la mêlée s’est effondrée, dans une confusion que même les ralentis de la télévision ne permettait pas de lire, Wayne Barnes, dont on peut supposer qu’il ne voyait pas mieux que le public ce qui se passait sur le terrain, avait entre les mains le choix du vainqueur de la coupe du monde : soit il pénalisait les Blacks et il offrait le titre à l’Afrique du Sud, soit il pénalisait l’Afrique du Sud et il donnait presque sûrement la coupe aux Blacks. Il a pénalisé les Blacks. La coupe du monde s’est ainsi achevée sur une décision arbitrale mettant fin “arbitrairement” à une phase confuse, tout un symbole.

La boîte de Pandore

Il en a été de même pour les actions dangereuses, qui ont, au fil des matchs et au hasard, suscité des cartons rouges, des cartons jaunes, de simples pénalités et parfois rien du tout. Le XV de France est persuadé que, sans les erreurs manifestes d’arbitrage qu’il a subi, il aurait assez largement battu l’Afrique du Sud en quart de finale. La lecture des vidéos le confirme. Antoine Dupont, qui n’est pas un émotif, a sobrement déclaré : “Je ne suis pas sûr que l’arbitrage ait été au niveau de l’enjeu.” Il avait raison au fond, mais cependant il ouvrait la boîte de Pandore, car au rugby, il n’est pas convenable de commenter un arbitrage. Ce précédent est une menace. Nul ne peux garantir que la pression grandissante mise sur l’arbitre ne va pas finir par tuer le sport lui-même, le rugby, empêtré dans des règles de plus en plus byzantines et des querelles d’interprétation incompatibles avec la fluidité du jeu. Qui voudra encore arbitrer les matchs internationaux ? 

Mais le plus grave est la réaction des supporters. Nous avons vu des choses que nous pensions cantonnées à la culture du foot : des insultes, des vociférations, des menaces de mort contre les arbitres et même, s’agissant de Wayne Barnes, contre sa femme, à travers les réseaux sociaux. Naguère, on apprenait dans les écoles de rugby que les premières valeurs étaient le respect de l’adversaire et le respect de l’arbitre. Sur ce point le ballon ovale ressemble de plus en plus au ballon rond. C’est triste.

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