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Angela et onze jeunes catholiques des cités vont rencontrer le Pape en audience privée

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Fraternité missionnaire des cités

Douze jeunes chrétiens vont porter la voix des quartiers populaires de région parisienne lors d'une audience privée avec le pape François, jeudi 4 janvier à 9h.

Anne-Sophie Retailleau - publié le 03/01/24

Six mois après les émeutes de juin 2023, douze jeunes catholiques des quartiers populaires de la région parisienne s’apprêtent à rencontrer le pape François en audience privée, le jeudi 4 janvier. Ils veulent témoigner au Pape de l’espérance et de la joie missionnaire qui les habitent, à mille lieues des clichés habituels sur la jeunesse de banlieue.

“Je ne réalise pas encore que je vais le rencontrer”, confesse Angela Correira, 18 ans. Dans quelques heures, la jeune femme et onze autres jeunes vont s’entretenir avec le pape François en audience privée. Ils sont venus porter témoignage de leur foi vécue dans les quartiers populaires de la région parisienne. “Nous sommes venus montrer que l’Église du Christ est très présente dans les quartiers, qu’elle est très vivante, explique Angela, qui fréquente la paroisse Saint-Pierre, à Bondy où elle habite. D’autres viennent de La Courneuve, de Trappes, et de Sarcelles. Ils sont accompagnés par cinq prêtres et une dizaine de laïcs bénévoles, portés par la Fraternité missionnaire des cités, un réseau de soutien pour des prêtres et diacres officiant dans les quartiers populaires. Fondée par le père Patrice Gaudin, c’est ce mouvement qui est à l’initiative de la démarche, au lendemain des émeutes urbaines qui ont suivi la mort de Nahel, tué par un tir policier en juin 2023. 

“En juillet, nous avons rencontré le nonce apostolique pour lui parler de ce qui se vit dans nos quartiers, qui ne se réduisent pas à ces événements horribles”, raconte le père Patrice. “Il y a de belles choses, les paroisses sont vivantes, les jeunes chrétiens sont dynamiques et porteurs d’initiative. Les jeunes de nos quartiers ont besoin d’être écoutés. Lors de mes visites pendant les émeutes, on me disait “on fait ça parce que personne ne nous écoute”. On a donc proposé que le Pape puisse rencontrer des jeunes, pour qu’ils puissent lui dire comment ils vivent comme chrétiens dans ces quartiers.” Très rapidement, la Fraternité reçoit une réponse positive du Saint-Siège.

Douze jeunes sont alors désignés dans différentes paroisses de banlieue parisienne pour rencontrer le Pape. Ils ont la vingtaine, parfois un peu moins. “C’est mon curé qui m’a choisie et qui m’a demandé si je voulais partir en mission en raison de ma charge auprès des jeunes”, raconte Angela. Du haut de ses 18 ans, la jeune femme est animatrice de l’aumônerie à Bondy, où elle encadre des lycéens. 

“Nos églises sont plus que vivantes”

Ce que veulent ces jeunes qui s’apprêtent à rencontrer le Pape, c’est d’abord  montrer un autre visage de la banlieue que celui présenté dans les médias, en particulier après l’été 2023. “Les émeutes ont renforcé les stéréotypes, présentant les jeunes de banlieue comme des voyous. On nous met tous dans le même sac, avec l’idée que l’on casse tout, qu’on est contre la police, que l’on n’est pas civilisés”, déplore Angela. “Mais nos églises sont plus que vivantes, car elles sont remplies par foi et non par tradition.” Alors qu’ils n’étaient que huit il y a un an, ils sont désormais une centaine de lycéens à fréquenter l’aumônerie de Bondy, témoignant ainsi de la vitalité d’une Église dont on ne parle presque pas. 

“On aimerait se sentir davantage représentés”, explique Angela. “On est venus pour proposer des solutions au Saint-Père, pour parler de la vie de personnes qui sont confrontées à des réalités difficiles et qui ne sont pas forcément prises en compte dans la vie de tous les jours. Il n’y a pas de solution miracle mais nous voulons lui parler de ce qui nous a poussé à connaître plus notre foi.” 

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Les jeunes sont arrivés au Vatican deux jours avant leur rencontre avec le Pape.

S’ils veulent témoigner de la joie d’être chrétiens dans les quartiers populaires, Angela et ses compagnons expliqueront aussi à quelles difficultés est confrontée la jeunesse catholique au quotidien. “En banlieue, on est confrontés au multiculturalisme et c’est autant positif que négatif”, assure-t-elle. “On est amenés à rencontrer tout le monde, des catholiques, des musulmans, des hindous, des évangéliques. J’ai l’impression que nous les catholiques avons moins de facilité à parler de notre foi que les autres religions qui sont très présentes en banlieue, du moins oralement. On est plus pudique, on ose moins certifier que l’on est chrétiens, peut-être par honte ou par peur de se sentir différents.” 

Pour un jeune, la principale difficulté est alors de pouvoir exprimer librement  sa foi, explique Angela. “Les lycéens me disent qu’il peut y avoir de la honte, parce qu’ils sont moins représentés et qu’ils ont envie de se fondre dans la masse. Les enfants sont aussi plus confrontés à la violence, la drogue, la tentation de l’argent facile. Ils vont se poser des questions très tôt, et ce n’est pas forcément l’Eglise qui va y répondre.”

S’enraciner dans la foi

Face à ces réalités, la jeune femme espère que le Pape -et derrière lui l’Église- saura proposer à la jeunesse des moyens pour s’enraciner profondément dans la foi et la diffuser autour d’elle. Car c’est aussi de transmission dont ces jeunes ont soif. “On est là aussi pour savoir comment évangéliser nos jeunes, car c’est l’avenir de l’Église. J’étais un peu sortie du christianisme, et j’ai eu des réponses parce que j’ai décidé de lire, mais tout le monde n’a pas accès à des livres, et la précarité est plus présente en banlieue. Mais tout le monde a accès à la télé et à Internet, donc si le Pape fait un communiqué, cela pourrait montrer que ces jeunes ne sont pas seuls.” 

Au pape François, Angela veut aussi témoigner du soutien précieux que la jeunesse trouve parmi ceux qui servent l’Église dans les banlieues, notamment les prêtres. “Ils sont venus vers nous et ont su nous écouter. Par exemple, en banlieue, nous sommes plus qu’ailleurs confrontés au débat, et nous avons besoin de consolider notre foi. Les prêtres ont su répondre à nos attentes.” 

“Nous dirons au Pape notre joie d’être prêtres dans ces quartiers, ajoute le père Patrice. Nos paroisses sont un peu au centre des quartiers, et elles sont essentielles : les gens savent qu’il s’y passe plein de choses, on sait que quelque soit sa religion on y sera écouté, accueilli, et que si l’on a besoin d’aide, on en trouvera. Les gens attendent beaucoup et les chrétiens jouent leur rôle d’annonce de l’Évangile, de présence, d’écoute et de prière. Et cela fonctionne bien.”

Jeudi matin, à 9h, la délégation se retrouvera dans la bibliothèque privée du Pape pour rencontrer François. “Tous les gens qu’on croise au Vatican nous disent “C’est le genre de rencontres qu’il affectionne”, sourit le père Patrice. Ça déstresse nos jeunes de savoir que le Pape est accueillant et qu’il met à l’aise.” 

Déjà sur place depuis deux jours, les douze jeunes se préparent dans la joie à vivre leur rencontre avec le Pape, entonnant des chants de louange dans les files d’attente du Vatican. “Je ne réalise pas que je vais le rencontrer, reprend Angela. Mais vu les signes d’humilité qu’il a montrés au monde, je me sens très proche de lui. Et puis, on va tous s’épauler.”

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FranceJeunesPape FrançoisSociété
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