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Soutenir nos agriculteurs : un devoir économique et spirituel !

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Delphine Lefebvre / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Manifestation d'agriculteurs à Amiens, 24 janvier 2024.

Hubert de Boisredon - publié le 29/01/24

Bloquer Paris, le mot d’ordre est lancé ! Après une semaine de tensions et la multiplication des manifestations paysannes en France, la crise s’aggrave, malgré les propositions du gouvernement pour répondre aux revendications. Pour le chef d’entreprise Hubert de Boisredon, soutenir les agriculteurs est un devoir économique et moral, et même spirituel.

Déjà confrontés à des pertes économiques dues à la crise climatique dans un contexte tendu en raison de l’inflation, les agriculteurs français et européens s’élèvent contre les excès d’une politique verte qu’ils jugent injuste. Devant jongler entre les sécheresses et les inondations répétitives, les paysans français sont les premières victimes de l’impact désastreux du réchauffement climatique sur leurs exploitations. Un rapport du Haut Conseil pour le Climat indique qu’avec 2°C de hausse moyenne de température, la plupart des “cultures en France seraient exposées à des pertes moyennes de rendement de plus de 10% en comparaison aux rendements actuels”. 

Les agriculteurs français estiment faire déjà beaucoup d’efforts : augmentation des surfaces de bio, baisse des émissions de gaz à effet de serre, diminution de l’usage des pesticides, replantation d’arbres et de haies… Mais les ventes de produits bio dégringolent et les prix des denrées agricoles sont repartis à la baisse en 2023. Selon l’Insee, les revenus des agriculteurs ont baissé de 40% en trente ans. Très souvent, ils ne permettent plus d’en vivre malgré un travail intense sept jours sur sept ! Un agriculteur sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. 

Explosion des charges et des réglementations

Par ailleurs, en dépit des lois Egalim censées assurer un revenu équitable pour les agriculteurs, ceux-ci reprochent aux transformateurs de ne pas leur répercuter les hausses de prix qu’ils ont obtenues sur leurs produits auprès des centrales d’achat des grandes et moyennes surfaces (GMS). Le lait par exemple, est payé par les laiteries aux éleveurs environ 0,40€ le litre : en baisse de 6 centimes par rapport à l’an dernier. En rayon, la brique UHT vaut en moyenne 1,07€, soit 2,6 fois plus chère qu’au départ de la ferme. À ce niveau de prix, beaucoup d’éleveurs couvrent à peine leurs charges de structure, mais pas leur main-d’œuvre. Face à l’explosion des charges, notamment de l’énergie, les agriculteurs ont exigé que le gouvernement revienne sur son projet de suppression de détaxation du gasoil non routier (GNR). 

Les agriculteurs souffrent économiquement. Ils ressentent aussi de la déconsidération. Beaucoup d’agriculteurs se disent lassés par la stigmatisation dont ils s’estiment victimes comme “pollueurs”.

En parallèle, les réglementations deviennent de plus en plus complexes, avec des injonctions multiples sur ce que les agriculteurs peuvent faire ou ne pas faire. Déboucher un fossé bouché ne peut se faire sans autorisation. L’administration envoie des contrôleurs sur le terrain à l’improviste. Le Figaro du 24 janvier dernier décrit la situation d’un agriculteur qui avait enlevé des branchages près d’une rivière et qui a été condamné pour destruction de l’habitation des castors, espèce protégée. Dans l’Oise, un agriculteur accusé d’avoir mis du glyphosate sur un chemin, a mis fin à ses jours car il ne supportait plus d’être considéré comme un délinquant par l’administration. Il faisait partie des deux paysans qui se suicident chaque jour. 

Un nouveau traité européen de libre-échange

La frustration est immense devant la bureaucratie. Les agriculteurs consacrent au moins une journée par semaine à remplir les documents nécessaires pour demander les 9 milliards d’euros de subventions que la France reçoit chaque année de l’Union européenne. De plus, au nom de la transition écologique et du “green deal”, les paysans doivent augmenter cette année à 4% la surface des jachères. Ceux qui ont quitté l’élevage laitier, souvent pour des raisons économiques, doivent réimplanter des prairies même s’ils n’en ont plus l’usage, au nom de la diversité.

Autre sujet qui fâche : le projet d’un nouveau traité européen de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur qui pourrait permettrait d’importer d’énormes quotas de bœuf brésilien et argentin. Les agriculteurs affirment qu’il est extrêmement difficile de rivaliser avec ces pays, car ils ne sont pas soumis à des normes strictes en matière de bien-être animal. Gabriel Attal a déclaré que la France s’opposerait de manière très nette à la signature du traité Mercosur et a annoncé des mesures correctives, mais celles-ci ne sont pas jugées suffisantes pour arrêter le mouvement.

Un devoir économique et spirituel

Les agriculteurs souffrent économiquement. Ils ressentent aussi de la déconsidération. Beaucoup d’agriculteurs se disent lassés par la stigmatisation dont ils s’estiment victimes comme “pollueurs”. En 1950, l’agriculture occupait en France un actif sur trois ; elle n’en emploie plus qu’un sur vingt-deux aujourd’hui. Cela peut donc laisser penser que le rôle de l’agriculture est insignifiant. Pourtant, les Français veulent manger mieux et manger “local”. La période de Covid 19 a montré l’importance de ce métier essentiel pour assurer la souveraineté alimentaire de la France. Ce secteur vital mérite donc de mobiliser toute notre attention. Soutenir nos agriculteurs est un devoir économique, politique et moral, et même spirituel. Est-il acceptable en effet qu’un grand nombre d’agriculteurs ne dispose que de revenus mensuels inférieurs à 1.000 euros, voire beaucoup moins parfois, ce qui ne leur permet pas de vivre de manière décente ?

Un pays qui ne prend pas soin de ses agriculteurs est un pays qui meurt.

Le Christ n’a cessé de rappeler durant sa vie humaine le lien entre nourriture terrestre et spirituelle. N’a-t-il pas eu pitié des foules qui avaient faim et invité ses disciples à agir en leur disant : “Donnez-leur vous-mêmes à manger !” (Lc 9, 13). Jésus par cela veut signifier que répondre à la faim humaine des hommes est le préalable à toute vie spirituelle. “Venez, les bénis de mon Père… Car j’avais faim et vous m’avez donné à manger” (Mt 25, 31-46). Nous avons donc le devoir de prendre soin de ceux qui nous nourrissent. Sachons leur exprimer notre gratitude pour leur vie donnée, bien souvent sans compter leurs heures et au prix de lourds investissements, ! Ils sèment et récoltent nos aliments, accompagnent les animaux de nos fermes et entretiennent nos paysages !

Savoir dire merci

Un pays qui ne prend pas soin de ses agriculteurs est un pays qui meurt. Certains disent que le métier d’agriculteur est le plus beau métier du monde. Il est frappant de constater combien beaucoup d’entre eux font tout pour conserver leur exploitation agricole, parce qu’ils sont attachés à leur terre et trouvent du sens à se donner au service de la communauté humaine, alors qu’ils ont du mal à joindre les deux bouts financièrement et ne prennent pratiquement pas de vacances. Reconnaissons la noblesse de cette belle vocation au service de tous. Et sachons remercier nos agriculteurs ! 

Tags:
AgricultureFrancePolitique
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