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Peut-on (encore) être évêque en France ?

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Guillaume POLI / CIRIC

Assemblée plénière des évêques de novembre 2019, Lourdes.

Valdemar de Vaux - publié le 19/02/24

Au début de cette année 2024, neuf sièges épiscopaux sont vacants en France, laissant augurer l’ordination de nouveaux évêques. Peut-on cependant être évêque, aujourd’hui, en France ? L’année 2023 semble indiquer le contraire : la tâche est ardue, voire épuisante, et objet de nombreuses critiques.

Aucun évêque de France n’aura 75 ans en 2024, âge auquel le droit canonique leur demande de démissionner. Et pourtant, sept sièges épiscopaux sont aujourd’hui vacants sur le territoire français. Et pourtant, en 2023 ont été consacrés neuf nouveaux successeurs des apôtres, dont quatre auxiliaires (Rennes, Lyon, Reims et Paris) et deux ultra-marins (Pointe-à-Pitre et Saint-Denis de La Réunion). 

Ces heureux moments pour les diocèses concernés ne font cependant pas oublier que l’année 2023 a surtout été marquée par la mort brutale d’un pasteur vaincu par la maladie (Mgr Berthet, en septembre à Saint-Dié), la nomination d’un évêque coadjuteur à Toulon pour mettre de l’ordre dans un diocèse où Mgr Rey est critiqué pour sa gestion, la démission de Mgr Ravel à Strasbourg après une visite apostolique et plus d’un an de latence, et même la demande de deux évêques de moins 75 ans (Mgr Batut à Blois et Mgr Brac de La Perrière à Nevers) d’être déchargés de leur siège pour raison de santé. Un motif tout récemment utilisé par Mgr Reithinger, auxiliaire à Strasbourg, pour être lui aussi déchargé. Si l’on remonte à la fin de 2022, on a même vu un futur auxiliaire de Rennes renoncer entre sa nomination et son ordination à cause de la lourdeur de la tâche.

Fatigue chez les successeurs des apôtres en France

Un cas symptomatique d’une fatigue chez les successeurs des apôtres en France, comme celui de Mgr Brac de La Perrière. Avant de retourner à Lyon où il a déjà été auxiliaire avant d’être nommé à Nevers, en 2011, l’évêque de 64 ans – il lui reste donc canoniquement plus de dix ans d’épiscopat – a passé six mois en retrait par peur d’un burn-out. Il expliquait alors à nos confrères de La Croix que la charge épiscopale est “complexe et exposée”, en ajoutant : “Je suis dans un état de fatigue qui fait que je ne suis pas complétement apte à mener correctement ma tâche”.

Cette usure tient à l’importance des responsabilités, à l’étendue des tâches à accomplir, mais aussi à l’épuisement des forces vives, en particulier des prêtres. Le rapport de la CIASE, en octobre 2021, et plus généralement la gestion des abus de toute sorte n’a pas arrangé les choses. Toutes ces affaires ont jeté une lumière crue sur les déficiences de ces pasteurs parfois identifiés à leurs congénères fautifs comme Mgr Santier ou Mgr Ricard, ou suspectés par les media et les laïcs de ne pas prendre la mesure du phénomène. 

La suspicion peut également venir d’en-haut. Depuis 2022, les visites apostoliques menées à Toulon et à Strasbourg ont rappelé que le Saint-Siège reste attentif aux églises particulières, et peut même faire pression sur des évêques pour obtenir leur renonciation. À Toulon, la suspension des ordinations de juin 2022 à décembre 2023 est un fait rarissime, comme la nomination d’un coadjuteur, Mgr Touvet, avec des pouvoirs spéciaux qui ne laissent à Mgr Rey que le titre, à défaut de la fonction. 

Une exigence spirituelle

La difficulté de la tâche vient aussi de l’exigence spirituelle qui pèse sur les évêques. Dans sa constitution Lumen gentium sur l’Église, le concile Vatican II a élaboré une théologie de l’épiscopat aussi mystique qu’obligeante : “Par l’imposition des mains et les paroles de la consécration, la grâce de l’Esprit saint est donnée et le caractère sacré imprimé, de telle sorte que les évêques, d’une façon éminente et patente, tiennent la place du Christ lui-même, Maître, Pasteur et Pontife et agissent en sa personne” (§21).

Preuve que l’épuisement des évêques et la nécessité de renouveler la manière de gouverner est prise au sérieux, la CEF a pris en 2023 des décisions pour accompagner les évêques : système de parrainage pour les plus jeunes, audit par des groupes de laïcs sur la gestion du diocèse, nouvelles structures articulées autour des provinces pour la Conférence épiscopale… Par ailleurs, conscients des risques d’isolement que présente la solitude inhérente au gouvernement, les évêques sont de plus en plus nombreux à faire appel à des délégués laïques, sorte de vicaires généraux, ou à mettre en place une vie communautaire dans les évêchés. Une manière d’éviter les incompréhensions : s’ils sont consacrés, les successeurs des apôtres restent des hommes qui ne demandent qu’à être aimés tels qu’ils sont et, ensuite, critiqués et aidés. 

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ÉgliseÉvêque
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