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[HOMÉLIE] Dieu tient toujours parole

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Christian Lancrey-Javal - publié le 30/03/24

Le père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Notre-Dame de Compassion à Paris, commente l’évangile du jour de Pâques (Jn 20, 1-9). Le contraire de la déception, c’est Pâques : Dieu tient toujours parole. Le Christ est ressuscité, il est vivant comme il l’avait dit.

Le Christ a tenu parole : il est vivant comme il l’avait dit. Notre foi en la Résurrection repose tout entière sur la véracité, l’absolue fiabilité de Dieu : tout ce qu’il dit est vrai et se réalise, s’est réalisé et se réalisera. Il dit ce qu’il fait et il fait ce qu’il dit, de toute éternité. Nul n’est comme lui. Il n’a pas d’égal. Sa parole est infaillible : avec lui, de sa part, de ce point de vue, nous ne sommes jamais déçus.

Le contraire de la déception

Un jour, un catéchumène avait arrêté sa préparation au baptême parce qu’il avait été déçu : il avait prié, il avait fait une demande au Seigneur, et il n’avait pas été exaucé. Son ami qui m’en parlait me disait : il a fait cette expérience de la déception que nous, baptisés de naissance, faisons tous dans notre enfance ou notre jeunesse. Quel est le contraire de la déception ? La satisfaction ? C’est un peu court. L’émerveillement ? C’est plus exaltant. Le contraire de la déception, c’est Pâques, la Résurrection, comme il l’avait dit : il est vivant comme il l’avait dit.

Dieu est celui qui ne ment pas, le seul qui ne mente pas, jamais, qui soit la Vérité et la Vie.

Nous vivons sans cesse des déceptions : elles sont intéressantes ces déceptions. J’ai invité mes fiancés, à qui je demandais de cultiver une admiration lucide, éclairée, sur les qualités et les limites de l’autre, à se souvenir : quelles sont les personnes qui dans votre vie vous ont déçu ? Souvenez-vous de quelques-unes de ces déceptions humaines. Demandez-vous pourquoi ces déceptions sont survenues. Je ne crois pas que Jésus ait été déçu par ses disciples. Même si sainte Faustine raconte la vision qu’elle a eue du Christ crucifié quand elle allait danser (alors qu’il l’appelait à la vie consacrée) qui lui disait : “Jusqu’à quand vas-tu me décevoir ?” Jésus n’a pas été déçu pas plus qu’il n’a eu de sentiment d’échec : il savait ce qui allait se passer et il l’a annoncé, comme il a dit sa divinité, qu’il est Dieu, né de Dieu, que le Père est en Lui et qu’il est dans le Père (Jn 10, 37). Et l’évangéliste ajoute que beaucoup vinrent à lui en déclarant : “Jean n’a pas accompli de signe ; mais tout ce que Jean a dit de celui-ci était vrai.” Et beaucoup crurent en lui. Tout ce qu’il dit est vrai. Dieu tient toujours parole.

La sortie du tombeau

Dans la série des péchés capitaux, que nous avons parcourus tout au long du carême, il manque ce qu’ils ont en commun, on peut dire la tentation, la tromperie, en réalité le mensonge. Dieu est celui qui ne ment pas, le seul qui ne mente pas, jamais, qui soit la Vérité et la Vie. Parmi les sept lectures de l’Ancien Testament de la veillée pascale, la seule obligatoire (sur les trois minimum qu’il faut prendre) est la traversée de la Mer rouge, qui donne son nom à cette fête, la Pâque, le passage, qui est aussi le nom qu’on donne à la mort — la mort est un passage, sauf que c’est le Christ l’unique passage, l’unique médiateur : nul ne va au Père sans passer par moi.

À Pâques, les promesses de Dieu se réalisent, ce que Dieu avait promis à Moïse dès le Buisson ardent : “J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu ses cris. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de l’esclavage et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel, la Terre promise” (cf. Ex 3, 7). Cette sortie d’Égypte, cette délivrance de l’esclavage préfigurait un événement plus grand qui nous concerne tous : la sortie du tombeau !

La délivrance 

L’évangile de saint Matthieu comporte une scène étonnante lorsque Jésus meurt sur la Croix : “Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, du haut jusqu’en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent. Les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens” (Mt 27, 52-53). Les commentateurs ont été désemparés par ce passage, par la phrase sur les corps de nombreux saints qui étaient morts et qui ressuscitèrent : Calvin se demandait ce qu’ils étaient devenus par la suite, d’autres pourquoi ceux-là, etc. La phrase définit pourtant l’événement de Pâques : la sortie du tombeau. La délivrance ! l’autre nom de la résurrection.

L’amour qui tient parole comble de joie. Alléluia. Dieu tient toujours parole. Alléluia !

Un des premiers actes du Christ est d’envoyer ses anges en avant de lui pour aller consoler ceux qui pleurent. Il n’est pas ici : Il est ressuscité. Comme une lumière nouvelle, le signe de Pâques, le feu nouveau, le Cierge, la lumière de la Résurrection ! Sortir du tombeau, c’est sortir des ténèbres ! Dans la guérison de l’aveugle-né, houspillé par les Pharisiens incrédules qui veulent savoir qui l’a guéri, comment a-t-il fait ? l’homme répond : “Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois” (Jn 9, 25). Jésus était mort et à présent il est vivant.

Alléluia ! le chant de la liberté retrouvée

À Nicodème qui pensait impossible de naître de-nouveau ou d’en-haut, Jésus dit : “Personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu” (Jn 3, 5). C’est le deuxième signe de Pâques, le deuxième signe de vie, l’eau, désir de vie, désir de Dieu : j’ai soif du Dieu vivant. C’est pourquoi, avant la résurrection de Lazare, avant la guérison de l’aveugle-né, le grand texte de la montée vers Pâques est la rencontre du Christ avec la Samaritaine au bord d’un puits : Si tu savais le don de Dieu ! “Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif” — Seigneur, donne-moi de cette vie, que je sois délivré de la mort éternelle. Jésus lui annonce qu’elle aura désormais à puiser au fond d’elle-même, avec la force de l’Esprit-Saint. Ainsi, le baptême est une plongée dans la vie intérieure, une plongée tout en douceur qu’atteste le Saint-Chrême pour être confirmés, conformés au Seigneur, doux et humble de cœur.

Alors peut monter de nos cœurs le troisième signe de Pâques, signe de vie, cri de joie, l’Alléluia, par lequel s’unissent nos voix, le chant de la liberté retrouvée, promise et donnée. Dieu tient toujours parole. C’est le sens des initiales du Temps Pascal : TP. Tenir Parole. L’amour qui tient parole comble de joie. Alléluia. Dieu tient toujours parole. Alléluia !

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HoméliePâquesRésurrection du Christ
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