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À Notre-Dame-des-Bois de Violot, quand nos morts ne nous quittent jamais

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© Jean-François Feutriez

La chapelle Notre-Dame-des-Bois.

Anne Bernet - publié le 28/11/22

L’histoire de Notre-Dame-des-Bois de Violot (Haute-Marne), n’est pas seulement l’histoire d’un lieu de prière voulu par Marie pour protéger cette terre de Champagne de la guerre en 1914, mais le témoignage de la présence auprès de nous des saints du Ciel dans l’épreuve. Une histoire vécue et une grâce reçue par le père Lamy, fondateur des serviteurs de Jésus et Marie d’Ourscamp.

En ce mois de novembre voué aux défunts, nous sommes nombreux à remuer tristement les souvenirs de ceux qui nous ont précédés dans l’Au-delà et nous avons tendance à dire “qu’ils nous ont quittés”… Pourtant, même si nous ne les voyons plus ni ne pouvons communiquer avec eux, ils demeurent beaucoup plus proches de nous que nous le pensons. Du moins pouvons-nous l’espérer, si nous nous fions à un événement raconté par le célèbre père Lamy. En 1909, alors qu’il est en vacances dans sa Champagne natale, à Gray, le vieux curé de La Courneuve voit, la chose est pour lui habituelle, la Sainte Vierge lui apparaître, flanquée, comme toujours, de l’archange Gabriel. Elle lui révèle qu’une guerre longue et terrible ravagera bientôt l’Europe, châtiment qu’elle n’a cessé de vouloir épargner à ses enfants, ainsi qu’elle l’a répété tout au long du XIXesiècle sans être écoutée. 

C’est là que Marie veut sa chapelle

Sur ce, survient un indésirable, Lucifer en personne, auquel il arrive à l’occasion de se mêler sans en être prié à la conversation. Ce jour-là, l’archange déchu jubile à la pensée des torrents de sang et de larmes qui vont couler, ce qui sera justice, car “Français, Allemands, et les autres” sont, selon lui, tous coupables et méritent de finir chez lui, en enfer. Le père Lamy en est tout désolé car il sait qu’en matière de fautes et de culpabilités, nul ne s’y entend comme le démon qui en fait le compte scrupuleux. “Tous coupables et je les tiens !” ricane-t-il. Marie rétorque : “Oh non, Lucifer, vous ne les tenez pas… Je les sauverai malgré vous.” Du coup, le prince des ténèbres s’éclipse avec un cri de rage. Comment l’Immaculée agira-t-elle ? Elle le révèle, au moins en partie, au prêtre : il doit lui construire ici, sur le plateau de Langres, une chapelle car, dit-elle, les gens, dans le coin, “n’ont rien”.

L’entreprise sera longue et compliquée, d’autant que le père Lamy désapprouve l’emplacement choisi par la Sainte Vierge, une butte haute de 340 mètres, sur les ruines d’un ancien relais de chasse. C’est laid. Mais Notre-Dame n’en démord pas. Laid ou pas, c’est là qu’elle veut sa chapelle. Le père Lamy cèdera, évidemment. Une même discussion l’oppose encore à la Mère du Sauveur au sujet de la statue qu’elle veut faire vénérer à cet endroit. Elle l’a lui a montrée, mais, une fois de plus, il ne la trouve pas belle… La dénicher, chez un brocanteur de banlieue parisienne, prend deux ans. Impossible de se tromper, c’est bien celle de sa vision : elle s’est illuminée de mille feux dans la boutique crasseuse quand le père Lamy y est entré et, ne pouvant pas marchander, il a dû payer cette horreur au prix fort. Dire qu’il n’est pas très content est un euphémisme… Pour le montant demandé, le commerçant a daigné faire un paquet solide, avec beaucoup de papier et de ficelles nouées serrées. Le tout pèse lourd.

L’unique protection offerte au pays

Et voilà que Notre-Dame demande au père Lamy de monter la statue à la chapelle, dont les travaux n’ont même pas commencé. À l’entendre, c’est “urgent”. Nous sommes alors en avril 1914 et le prêtre comprendra vite que Marie n’a pas exagéré en parlant d’urgence. Dans quelques semaines, l’on se battra dans les environs et Notre-Dame des Bois, comme elle veut que l’on nomme le sanctuaire, sera l’unique protection offerte au pays. Jean-Édouard Lamy obéit à sa Souveraine, cela va de soi. Ce n’est pas une partie de plaisir… Il a 62 ans, une santé ébranlée par un apostolat incessant et pénible, il devient aveugle et se traîne le long de la route, qui monte, raide au possible, en portant sa statue, qui l’écrase de son poids… Plus il grimpe, plus le prêtre se sent accablé de tristesse et de solitude. Quand il parvient enfin au sommet, épuisé, il en pleurerait. Il se laisse tomber sur une pierre, son paquet à ses pieds. Il soupire, les larmes aux yeux : “Mon Dieu, que je suis fatigué…”

Il faut encore ouvrir le paquet. Il cherche son couteau, ne le trouve pas. Et s’aperçoit qu’il n’en a pas besoin : les nœuds ont éclaté, le papier s’est défait. Au milieu, la statue de bois polychrome brille d’une lumière surnaturelle. Et soudain, tandis qu’il la contemple, les pauvres yeux à demi-éteints du vieil homme se dessillent. À l’instant, il se désolait de sa solitude ; il découvre soudain qu’il n’est pas seul !

Ils sont des dizaines

Tout autour de lui, devant la chapelle ou encore sur le chemin qui y conduit, ils sont des dizaines, le chapelet à la main, à le suivre ou l’entourer, pour faire escorte à Notre-Dame et l’honorer. Bouleversé, le père Lamy les reconnaît, un à un : son père et sa chère mère qui, ruinés par l’incendie, acte de malveillance diabolique, de leur ferme, ont consenti tous les sacrifices pour lui permettre d’arriver au sacerdoce. Ses grands-parents qui, pendant la Terreur, ont bravé l’échafaud pour protéger leurs prêtres et assurer les sacrements et la messe au voisinage. Et d’autres membres de sa famille, des gens du village et de la paroisse, des amis d’enfance, d’école, du petit séminaire et du grand ; d’autres connus ensuite au hasard de ses affectations, et partis vers leur éternité, très jeunes parfois.

Ils sont tous là, ils lui sourient. Et ceux encore qu’il n’a pas connus mais qui arrivent de partout, comme si tous les défunts de cette terre pieuse revenaient s’associer à la fête de cette fondation. Alors, séchant ses larmes, le cœur prêt d’éclater d’une joie surnaturelle, le père Lamy, dans un grand geste de bénédiction, trace au-dessus des vivants et des morts un vaste signe de croix. Jamais plus il ne se plaindra d’être seul.

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