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Biodiversité : pourquoi séparer la nature de l’humanité est une absurdité

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Pazargic Liviu | Shutterstock

Tugdual Derville - publié le 10/12/22

La 15e Conférence des Nations-unies (COP15) sur la diversité biologique s’ouvre à Montréal. Pour Tugdual Derville, co-initiateur du Courant pour une écologie humaine, la sauvegarde de la biodiversité est davantage une question de relations à protéger que d’espèces à sauver. Au cœur de cette biodiversité, la place de l’humanité est à la fois "éminente, déterminante et modeste".

La prise de conscience de la grande fragilité de la vie — sous toutes ses formes — et des interactions entre les différentes formes de vie se généralise. Les scientifiques s’accordent à reconnaître que d’une part, la grande majorité des espèces vivantes sont encore à découvrir et, d’autre part, elles sont de plus en plus nombreuses à être menacées. Extinction et découverte accélérées donnent l’impression d’un chassé-croisé. Pour beaucoup, nous sommes entrés dans ce que l’on nomme la sixième extinction de masse, dont, cette fois, les causes sont indéniablement liées à l’activité humaine. Si l’on préfère les bonnes nouvelles pour se mobiliser contre l’incontestable effondrement de la biodiversité, on se félicitera de sauvetages réussis comme celui du thon rouge de Méditerranée ou du lamentin de Floride. Certaines espèces sont spectaculaires et emblématiques : leur régression ou leur disparition frappent l’imagination. Comme, en France, la chute des passereaux. 

Fourmis et papillons

Mais les spécialistes n’en sont plus à se borner à répertorier le nombre d’espèces qui s’éteignent ou survivent dans tel ou tel écosystème. Aucune liste ne rendra compte de la complexité et du foisonnement des biotopes, qui sont par ailleurs tous reliés… Il faut décrypter ces relations pour les sauvegarder ou les restaurer. Ainsi, par exemple, la réintroduction en Grande-Bretagne d’un petit papillon diurne, l’Azuré du serpolet (Phengaris arion), est lié à la découverte par des entomologistes de sa dépendance à certains types de fourmilières, elles-mêmes nécessitant des prairies sèches pâturées, condition sine qua non d’une température propice à ces fourmis. À un certain stade, les chenilles du papillon, qui sont inféodées au thym sauvage, sont en effet nourries par… des fourmis (du genre Myrmeca). L’abandon de certains élevages et l’éradication des lapins par la myxomatose avaient rendus l’habitat de l’Azuré du serpolet inhabitable pour leurs précieuses fourmis : pas de pâturage, pas de prairie sèche et chaude ; pas de prairie sèche, pas de fourmis Myrmeca ; pas de fourmis, pas de papillon. C’est en restaurant le pâturage qu’on a pu sauver le joli papillon bleu, en y faisant revenir les fourmis ad hoc. De nouvelles zones de réintroduction de l’Azuré du serpolet ont déjà été répertoriées par les naturalistes britanniques, en anticipation du réchauffement climatique… L’homme exerce là sa responsabilité au service de la biodiversité, en affrontant la complexité des conditions de survie des écosystèmes évolutifs.

La base de la biodiversité est avant tout végétale 

Ce sont donc bien des équilibres ou déséquilibres antérieurs — difficiles à appréhender — qui conditionnent le destin d’une espèce, sans exclure aucune forme de vie. Il n’est pas facile d’articuler la perception du problème par le grand public (auquel les politiques sont plus sensibles) avec l’avis des scientifiques. Les communicants ont pris l’habitude d’alerter à propos d’espèces « parapluie » : il s’agit de celles dont la protection sur leur aire de répartition entraîne ipso facto celle d’un grand nombre d’autres espèces des mêmes territoires : on pense en France à la loutre, au Québec aux bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent, ailleurs au panda ou au tigre.

Alors qu’on se focalise en général sur les animaux, la base de la biodiversité est avant tout végétale : la vie animale représente moins de 0,004 % de la biomasse — en carbone — de l’ensemble du « vivant ». Bactéries, champignons et micro-organismes complètent les végétaux pour constituer l’essentiel de la biodiversité. Cette dernière se mesure selon trois strates : la diversité génétique au sein d’une même espèce (élément clé de sa santé voire de sa survie), la diversité des espèces (par exemple le nombre d’espèces de libellules vivant dans une zone humide), et enfin la diversité des écosystèmes. 

L’humanité n’est pas une variable d’ajustement

On l’a compris, la sauvegarde de la biodiversité est davantage une question de relations à protéger que d’espèces à sauver. La place de l’humanité au cœur de cette biodiversité est à la fois « éminente » (l’être humain est le seul vivant qui s’en préoccupe), « déterminante » (il est en est largement responsable) et « modeste » (l’humanité ne pèse que 0,06 gigatonne de carbone contre 2 gigatonnes pour l’ensemble des animaux et 543 pour tout le reste du vivant). Mais attention à la culpabilisation systématique, notamment sur le nombre d’êtres humains et leur impact !

Que l’interdépendance et la solidarité vitale au sein du vivant soient désormais reconnues n’enlève rien à la prééminence de l’être humain.

L’humanité n’est pas une variable d’ajustement au service de la biodiversité. Au contraire, la précieuse biodiversité humaine est elle aussi à protéger : celle des cultures, toujours en évolution, et celle des visages, toujours singuliers. Chaque être humain est unique et irremplaçable, à l’image de son patrimoine génétique. Séparer la nature de l’humanité apparaît de plus en plus comme une absurdité, liée aux temps modernes. Que l’interdépendance et la solidarité vitale au sein du vivant soient désormais reconnues n’enlève rien à la prééminence de l’être humain. L’humanité se situe aujourd’hui au pied du mur pour enrayer la double atteinte à la biodiversité : celle du reste du vivant, et sa propre biodiversité culturelle qui manifeste sa richesse intrinsèque. Toutes deux sont reliées — plus qu’on ne le croit — puisque, comme les études l’ont prouvé, ce sont les populations d’un territoire qui sont le mieux à même de protéger les écosystèmes dont elles font partie, et dont la survie de leur culture dépend. Si l’humanité réussit ce patient travail de restauration de la biodiversité intégrale, elle aura gagné des dizaines d’années, et ce sera au bénéfice des générations futures.

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