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“Vaincre ou Mourir”, sans l’avoir vu

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THIBAULT GRABHERR

La capture de Charette (Vaincre ou mourir, 2023).

Henri Quantin - publié le 15/02/23

Le débat lancé par le film “Vaincre ou Mourir”, qui a fait plus de 230.000 entrées depuis sa sortie le 25 janvier 2023, dépasse sa seule valeur cinématographique. User du spectacle au service d’une leçon politique, remarque l’écrivain Henri Quantin, n’a rien d’illégitime, comme Hugo le fit le premier en volant leur héroïsme aux Vendéens.

Comment parler des films que l’on n’a pas vus. Ce fut le titre d’un livre de l’iconoclaste Pierre Bayard, qui creusait le sillon — ou exploitait le filon — d’un opus précédent, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus. Une des sources lointaines de sa réflexion était une remarque de Paul Valéry, disant préférer ne pas lire certains livres “pour rester plus objectif”. Si elle a toutes les allures du beau mot un peu gratuit, l’idée n’est pas sans fondement. Elle suggère que ce qu’on entend dire d’une œuvre en dessine des contours qui ne sont pas forcément insignifiants. Qui la défend ? Qui la conteste ? Suscite-t-elle l’enthousiasme, l’indifférence polie, l’exaspération, la mauvaise foi… ? Quels types d’arguments mettent en avant ses thuriféraires et ses détracteurs ? Autant de questions qui autorisent à commenter sinon l’objet du débat, du moins les réactions qu’il provoque. Pour reprendre à Louis Daufresne l’image deVaincre ou Mourir comme “boulet de canon” lancé contre l’histoire officielle, disons qu’ignorer la taille et le métal du boulet n’empêche pas de tirer une leçon des éclats qui ont accompagné sa chute ou du trou qu’il a laissé sur le terrain.

Puisque l’ennemi démolit sans nuance, il est tentant de le vanter sans réserve.

La première leçon de ce qu’on entend du film pourrait être qu’il est difficile de se garder des réactions mimétiques. Puisque l’ennemi démolit sans nuance, il est tentant de le vanter sans réserve. Aller voir le film devient alors non seulement l’acte de résistance d’un assiégé culturel, mais une contre-attaque à mener ensemble. Il y a certes toujours un certain plaisir à faire enrager Libération, mais il serait dommage que cela fasse perdre tout jugement.

Pour le reste, la réception de Vaincre ou mourir révèle à l’évidence que l’enjeu n’est que très secondairement artistique. Si les ennemis du film se déchaînent notamment sur ses faiblesses esthétiques, ses défenseurs admettent volontiers que ce n’est en rien un chef-d’œuvre du septième art. De part et d’autre, le combat est ailleurs et il montre à quel point les guerres de Vendée n’ont toujours pas connu leur armistice. Le vieux Victor Hugo l’avait compris mieux que tout autre, quand il entreprit d’écrire, quatre-vingt ans après les événements, son roman Quatrevingt-treize : si elle voulait durer quelque peu, la République ne pouvait pas éternellement occulter son origine sanglante.

Chez Hugo, en somme, le génie littéraire prend la forme de l’imposture historique.

La solution que trouva Hugo, en poète épique et en républicain enthousiaste, fut de voler leur héroïsme aux Vendéens. La Vendée ne peut se comprendre, écrit-il, que si la légende corrige l’Histoire : “Il faut l’Histoire pour l’ensemble et la légende pour le détail.” Puisque l’Histoire a placé l’héroïsme du côté des victimes de la République, inventons une légende romanesque qui inverse les faits en les transfigurant. Ainsi, à l’issue d’un roman à faire pâlir d’envie une armée de scénaristes hollywoodiens, le fictif marquis de Lantenac, chef des troupes vendéennes, se fait-il voler la vedette par son petit-neveu Gauvain, qui a pris fait et cause pour la République. Grâce à une époustouflante substitution, Hugo fait de ce jeune visionnaire révolutionnaire le véritable martyr de la Terreur : exécuté à la place de son grand-oncle, qu’il supplante par-là dans l’héroïsme, il devient Christ de l’an I de la République, sur une guillotine qui a tout d’une nouvelle croix. Effacement du chef vendéen, apothéose solaire et quasi-eucharistique de Gauvain : vive la République — un nouvel alleluia — et le tour est joué. Chez Hugo, en somme, le génie littéraire prend la forme de l’imposture historique.

Leçon d’une légende

C’est pourquoi on peut sourire devant les procès pour supposée déformation de l’Histoire qui sont faits à Vaincre ou Mourir. On sait que Nicolas de Villiers revendique lui-même le mélange de la légende et des faits établis, au service de la cause vendéenne. Ceux qui crient au scandale réactionnaire feraient mieux de relire leur idole Hugo, qui est le vrai inventeur de l’usage du grand spectacle au service d’une leçon politique.  Aucun historien officiel, à ma connaissance, n’a jugé indispensable de mettre en garde contre les événements racontés dans Quatrevingt-treize, pourtant autrement plus éloignés de la réalité historique que ceux que rapporte Vaincre ou Mourir. Ceci étant dit, je vais peut-être aller voir le film. Tant pis si cela me rend moins objectif.

Découvrez les images du film “Vaincre ou Mourir” :

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CinémaVendée
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