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Réconcilier “aide à mourir” et soins palliatifs ? Un contresens délibéré

SOINS-PALLIATIFS-FIN-DE-VIE-GODONG

Pascal Deloche / Godong

Unité de soins palliatifs, France.

Jean-Marie Gomas - publié le 13/03/24

Ancien gériatre, praticien de soins palliatifs et cofondateur de la SFAP, le docteur Jean-Marie Gomas réagit vigoureusement aux annonces du président Emmanuel Macron sur le projet de loi "fin de vie". Il dénonce le mépris du monde médico-soignant et la dérégulation complète de l’acte mortifère de l’aide à mourir.

Les annonces d’Emmanuel Macron le 10 mars sur les grandes lignes du futur projet de loi fin de vie ne nous surprennent pas : nous savions que les forces pro-euthanasiques étaient puissamment à la manœuvre, au sein même de l’exécutif, depuis bien longtemps. L’organisation de la “manipulation citoyenne” (que certains appellent encore “convention citoyenne”) et la trahison du mouvement palliatif par l’avis 139 du CCNE ne pouvait amener qu’à un projet de loi unissant euthanasie et suicide assisté. Pour arriver à un tel projet, il faut certes allier la toute-puissance politique, la démagogie, la méconnaissance de l’éthique du soin et enfin la volonté farouche d’un ultralibéralisme sans repères moraux. Sans compter la volonté délibérée d’utiliser l’expression doucereuse “aide à mourir” pour englober euthanasie, suicide assisté et dérégulation complète de l’acte mortifère. 

Aucun pays au monde…

Aucun pays au monde n’a eu le culot insensé et l’incompétence de marquer noir sur blanc que c’étaient les proches et la famille qui pouvaient aider à tuer un malade ! Précisons que les tutelles et le gouvernement ont été de nombreuses fois prévenus que n’importe quel patient, même handicapé, peut se suicider seul avec les installations utilisées tous les jours dans les services de neurologie. En Suisse, par exemple, des dispositifs très simples de reconnaissance visuelle permettent à un malade paralysé de déclencher son propre suicide. Il n’y avait donc pas du tout besoin de prévoir une possibilité d’euthanasie “en complément”, comme ce que proposait le CCNE dans son Avis 139

Aucun pays au monde n’a montré qu’il était capable de respecter des critères stricts institués au début de l’évolution d’une telle loi. Au Canada, en Hollande, en Belgique, ce n’est plus une pente glissante, c’est un toboggan ! Même le professeur d’éthique de la santé hollandais Théo Bauer, après avoir promu l’euthanasie, a écrit pour supplier le reste du monde de ne pas suivre l’exemple funeste de son pays où plus rien n’est contrôlé, et où n’importe qui, de fait, peut se faire euthanasier même sans être malade, au mépris des critères initialement institués.

Le mépris du monde médico-soignant

Ajoutons de la part d’Emmanuel Macron une dose de désinvolture assez méprisante du monde médico-soignant en prétendant que cette loi a fait l’objet d’un travail approfondi alors que depuis six mois, alors que le monde soignant n’a plus aucun contact avec les différents ministres de la Santé qui se succèdent ! Et que les responsables des sociétés savantes concernées n’ont toujours pas accès à ce jour au texte du projet, les empêchant ainsi de travailler sur ses conséquences. Même le ministre en charge de la Santé, Catherine Vautrin, se permet des approximations : pour elle, une “aide à mourir” qui permet à un proche de tuer un malade qui le demande n’est pas une “euthanasie” !

Cette loi va nous faire basculer subrepticement, et de manière feutrée, dans un autre monde : celui de la valeur discutable de l’Autre.

Ainsi il y aurait une “réconciliation” entre les soins palliatifs et l’acte mortifère de l’aide à mourir : quel contresens délibéré ! Ainsi l’évolution de la société — qui met liberté et autonomie au-dessus de tout — accepterait le mépris de la fraternité qui fait sens de civilisation, allant jusqu’à appeler “loi de fraternité” une loi qui permet de supprimer autrui ! Ainsi nous avons élu des “responsables” politiques qui estiment qu’il vaut mieux autoriser à tuer plutôt que s’efforcer de soigner en renforçant de manière significative les politiques de soins palliatifs. Des “responsables” politiques qui pense que n’importe quelle personne (médecin, infirmière proche) peut être la main qui porte la mort, sous le prétexte que le malade l’a demandé… au mépris de l’ambivalence, de la difficulté, de la complexité. Et tout cela en 17 jours chrono (2 jours de réflexion, 15 jours pour euthanasier) : c’est proprement ahurissant. 

Des dérives incontrôlables

Le pire c’est que beaucoup de personnes pensent naïvement et spontanément que c’est une bonne chose, alors qu’elles sont désinformées sur l’éthique, manipulées sur la perception de leur autonomie, et mal soignées par un système fracassé et non formé au soins palliatif… Cette loi va nous faire basculer subrepticement, et de manière feutrée, dans un autre monde : celui de la valeur discutable de l’Autre, celui du mépris des personnes âgées et donc inutiles, celui des dérives incontrôlables que tous les autres pays qui ont légalisé l’euthanasie nous montrent.

Tags:
EuthanasieFin de vieMortSociété
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